Attention : le danger “fasciste” peut en cacher un autre !

L’ouverture d’un bar associatif à l’initiative d’ex-gudards et autres nazillons a conduit toute la gauche radicale strasbourgeoise à se mobiliser sous la bannière de l’antifascisme. Sans contester la légitimité de cette réaction d’autodéfense, nous tenons malgré tout à en dissiper certaines confusions et à mettre en garde contre les dangers de fourvoiement qu’elles impliquent.

1. L’extrême droite regroupe un grand nombre de mouvements, tendances, écoles, etc., quelquefois violemment opposées entre elles. Par delà cette diversité, elle ne se laisse définir que par un noyau idéologique commun, qui combine trois éléments.

2. Le fascisme n’a été qu’un rameau particulier (de doctrines, de mouvements et de régimes) au sein de la vaste famille des doctrines, mouvements et régimes d’extrême droite. On ne saurait englober l’ensemble de ces derniers sous la dénomination de fascisme sans commettre une erreur grossière. Un peu comme si on assimilait toute l’extrême gauche au stalinisme…

Le fascisme a correspondu à un contexte historique-mondial particulier et original, celui dans lesquels se sont trouvés certains États-nations européens dans les années 1920-1930 caractérisé notamment par :

Or la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui les États-nations européens est totalement différente de celle qui a rendu le fascisme possible dans les années 1920-1930. Sous certains rapports, elle lui est même directement opposée. En conséquence, le fascisme est devenu un anachronisme historique et brandir le spectre du fascisme est se tromper sur le sens de la période historique qui est la nôtre. D’ailleurs, les mouvements d’extrême droite qui se développent aujourd’hui ne sont pas fascistes. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait plus des individus et des groupes, voire des partis politiques, se réclamant du fascisme qui se développent en marge de ces mouvements. Ni qu’il n’y ait pas à lutter contre ces derniers.

3. Dans les sociétés européennes contemporaines, l’extrême-droite se présente essentiellement sous deux formes. D’une part, des mouvements nationalistes qui luttent contre l’affaiblissement des États-nations par les politiques néolibérales (libéralisation de la circulation internationale du capital ; déréglementation des marchés ; perte par les États de leur capacité antérieure de régulation et de réglementation de la vie économique et sociale au profit d’instances supra ou transnationales ; dégradation de la cohésion nationale sous l’effet de l’aggravation des inégalités sociales et spatiales ; etc.) Exemples typiques : le Front national (FN), l’Alternativ für Deutschland (AfD) et le Freiheitspartei Österreich (FPÖ).

D’autre part, des mouvements “régionalistes” qui cherchent au contraire à profiter de cet affaiblissement des États-nations pour promouvoir ou renforcer l’autonomie d’entités géopolitiques infranationales (régions, provinces, etc.), voire pour revendiquer et obtenir leur scission et leur indépendance politique. Exemples typiques : le Vlams Belang flamand, la Liga Nord en Italie, les composantes d’extrême droite de l’autonomisme catalan, etc.

4. En conséquence de ce qui précède, pour nous, communistes libertaires, la lutte contre l’extrême droite est aujourd’hui à la fois nécessaire, insuffisante et, cependant, potentiellement dangereuse.

Publié le 19 janvier 2018, 1153 visites.