Nous, communistes anarchistes/libertaires, dans la lutte des classes dans l’Europe du Capital

Les organisations européennes fédérées dans le réseau Anarkismo se sont réunies le 18 et le 19 novembre à Gênes. Nous avons parlé et discuté, nous avons échangé et réfléchi, nous avons essayé de déterminer les tâches qui sont devant nous, en tant que réseau, en Europe. Les délégations, venues du Pays de Galles, de France, d’Italie, de Suisse et d’Irlande, et un salut chaleureux des camarades d’Embat, ont exprimé la nécessité de poursuivre et d’approfondir le travail commun.

Où en sommes-nous ?

La phase historique que nous vivons est celle sans aucun doute celle de la crise systématique et des transformations stratégiques. Le capital en crise est à la recherche d’un nouveau modèle de régulation et, dans ce contexte, la gauche vit une grave crise.

Le social-libéralisme fait partie intégrante de l’État et de la gestion européenne du capital. Il s’est converti en un instrument de domination et d’exploitation. Un autre secteur de la gauche revendique une ambition réformiste qui s’appuie sur une stratégie étatiste sans pour autant réussir à construire une proposition sociale et émancipatrice. Il y a aussi un large secteur qui lutte et qui anime les résistances depuis la base et qui n’accepte pas les bornes fixées par les cadres politiques institutionnels.

Pendant ce temps là, le processus de liquidation du modèle fordiste nous ramène à des formes d’exploitation du travail qui rappellent le début du XXème siècle. Le prolétariat classique se transforme et s’élargit, de nouvelles formes d’exploitation se développent à travers le travail autonome et les nouvelles structures du travail salarié, dans une tendance à la précarisation généralisée des conditions de vie de toutes les travailleuses et les travailleurs.

Nous sommes face à de nouvelles contradictions, avec des possibilités d’explosion relatives, comme le Brexit ou la montée de l’extrême-droite vers la conquête du pouvoir étatique dans l’Union Européenne. Le bloc géostratégique européen est tiraillé par d’importantes tensions en interne et fait face à deux scénarii pour les années à venir : soit se construire rapidement comme un pôle impérialiste, soit se retrouver à jouer les seconds rôles face aux autres centres de pouvoir émergents dans le monde.

A tout cela s’ajoute le manque d’un mouvement social capable de faire obstacle à l’offensive du bloc dominant, d’avancer vers de nouvelles conquêtes et d’organiser de manière solide l’ensemble des groupes sociaux dominés.

Et ceci, avec en face, une extrême-droite toujours plus agressive et une offensive de la bourgeoisie contre tous les droits et les conquêtes sociales accumulées au cours des luttes des 150 dernières années.

Vers où nous voulons aller et ce que nous devons faire

Si la phase en cours et celle à venir présentent une situation dure et difficile, et si c’est dans ces conditions que nous devrons mener notre intervention, nous ne devons pas prendre peur et faire marche arrière.

La fin du capitalisme et l’autogestion de la société sont autant de nécessités qui ne peuvent et ne doivent plus attendre. Cela ne signifie pas qu’ils ne doivent plus être des objectifs historiques, au contraire même, mais elles doivent irriguer et faire partie intégrante de nos pratiques au sein des organisations des exploité-e-s. C’est dans les luttes d’aujourd’hui que nous apprenons et que nous préparons les valeurs du monde que nous voulons construire.

Nous ne croyons pas qu’il existe une autre voie plus simple et plus rapide : notre devoir quotidien est de construire, pierre par pierre, étape par étape, les luttes et les conflits dans nos quartiers et dans nos lieux de travail. Accumuler les forces pour pouvoir réunir et mobiliser toute cette partie de la société qui forme la résistance et la dissidence, qui refuse de s’adapter au capitalisme et qui affirme l’unique alternative possible : l’organisation depuis la base et la destruction de toutes les formes d’exploitation et de domination. Notre politique est une politique de l’émancipation, de l’action de base, de la construction du pouvoir populaire.

Nous avons vu que l’Europe, malgré les contradictions et les conflits internes, n’est pas seulement une union d’États dans un espace commun, mais un système de pouvoir transnational qui possède une capacité d’intervention stratégique propre pour garantir les intérêts fondamentaux du bloc dominant.

Nous croyons et nous travaillons donc, nous aussi, à réussir à construire une culture et une stratégie commune à nos organisations, qui renforcerait les luttes sociales et qui y enracineraient l’anarchisme organisé de classe et d’émancipation, qui constituerait dans cet espace commun un réseau capable d’organiser les ripostes nécessaires aux processus auxquels nous devons faire face. En identifiant les potentialités de lutte, nous souhaitons générer une alternative et des rapports de force qui nous sont favorables.

Nous sommes décidé-e-s à apporter partout et tant que cela sera nécessaire notre contribution au mouvement de luttes sociales en Europe et partout dans le monde.

Avancer, lutter, construire le pouvoir populaire !

Nous portons un monde nouveau dans nos cœurs

Alternativa Libertaria/FdCA - Italie

Alternative Libertaire - France

Coordination des Groupes Anarchistes - France

Libertarian Socialist Federation – Pays de Galles/Royaume-Uni

Organisation Socialiste Libertaire - Suisse

Workers Solidarity Movement - Irlande

Anarkismo.net :

Publié le 15 décembre 2017, 50 visites.