Etat espagnol

Un 8 mars historique

Des informations de toutes parts du territoire rendent compte de la réussite de cette journée de grève. Près de 6 millions de femmes ont soutenu le mouvement, et des millions de personnes sont descendues dans la rue au travers de plus de 300 manifestations.

Les piquets de grève dans les transports (train, métro) ont bloqué la circulation. D’autres, ont, devant les enseignes des grands magasins (Primark, Zara, Mango, el Corte Inglés), convaincu les client-e-s de ressortir les sacs vides, sans avoir procédé à des achats. Certains centres commerciaux, sous la pression des piquets, ont fermé leurs portes au public.

Piquet de grève devant un magasin à Barcelone

Batucadas, banderoles, « casserolades », en cette journée du 8 mars 2018, le violet a envahi nos consciences et nos vies. Nous avons fait parlé notre raison et nos cœurs, hurlé notre rage contre le patriarcat, le Capital. Des téléopératrices ont laissé tomber leurs casques pour signifier leurs ras le bol à leurs chefs. Les femmes de ménage ont jeté leurs gants à terre, les coursières ont abandonné leurs motos ou vélos. Les infirmières, les professeures, les serveuses de restaurant, les travailleuses des chemins de fer ont cessé le travail et se sont ajoutées au nombre de grévistes. 

Seul un petit nombre d’entreprises avait prévenu ses employées qu’il n’y aurait pas de représaille en cas de grève. Dans la majorité des cas, les patrons ont usé de chantages divers pour décourager les travailleuses à se mettre en grève, et ce avec la complicité des syndicats majoritaires (CCOO, UGT). Des tentatives anti-féministes qui visaient à invisibliser notre réalité et notre colère, au prix de la peur.

En vain, nous avons réussi notre pari : les rues se sont remplies de monde. Alors que seuls 33% des salarié-e-s de ce pays sont syndiqué-e-s, par cette journée de grève du 8 mars, nous avons, au-delà des sigles, montrer ce que c’était la solidarité ouvrière.

La place de Cibeles à Madrid noire de monde

Nous ne voulons plus une minute supplémentaire de silence. Nous avons déjà donné. Nous ne voulons plus attendre de figurer dans un tableau statistique qui en fin d’année fera le bilan de celles d’entre nous qui auront été : harcelées, violées ou tuées. 

Aujourd’hui, nous haussons la voix, au nom de toutes celles qui ne le peuvent pas. Au nom de celles, qui parce qu’elles sont aveugles ou terrorisées, n’osent pas le faire. Au nom de celles aussi qui sont tombées assassinées, ces femmes invisibles d’hier et de demain. Au nom des plus précaires et des prisonnières, ces autres victimes de cette guerre sociale que nous subissons, qui ne pouvaient nous rejoindre dans l’action.

Aujourd’hui, le monde est plus juste, parce que nous nous sommes mobilisées. Que nous avons pris l’initiative de nous rendre visibles. Des Femmes courageuses et libertaires, nous avons pris les devants dans cette lutte, la tête haute et à visages découverts. Chantant, dansant, riant, criant nos vérités face à cette réalité crue où l’on subit, chaque jour, l’inégalité, l’oppression et la peur.

Sans nous le monde ne fonctionne pas

Depuis plus d’un siècle et demi, les femmes libertaires portent en elles, sur leurs épaules, dans leurs ventres, dans leurs esprits, cette conscience ouvrière et féministe. Nos grands-mères ont elles aussi lutté. Elles nous ont toujours enseigné l’orgueil de classe et la conscience ouvrière quand nos vies nous paraissaient insupportables. Si elles nous voyaient aujourd’hui, elles nous donneraient un de ces baisers sur le front qui nous protège de tout ce qui nous éloigne de ce que nous sommes. A notre tour, nous transmettrons à nos petits fils et petites filles cet esprit de résistance. Nous leur dirons : « Nous avons eu le courage de rêver un monde différent ».

Traduction Jérémie (AL). D’après la commission femmes et le secrétariat de la CGT espagnole. Un 8 de Marzo histórico Éxito incuestionable de la Huelga del 8M

Publié le 13 mars 2018 par CAL Alsace
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