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Bulletin d’infos d’Alternative libertaire - Alsace n°54 - janvier 2016

Contre la haine et la mort, Proclamons la vie !

Les attentats terroristes commis par des tueurs au service de Daech le 13 novembre à Paris ont suscité une légitime émotion dans la population. Ils ont aussi provoqué des réactions politiques particulièrement indignes ou dangereuses. Profitant de l’émotion, le gouvernement a enclenché une inquiétante marche vers un régime autoritaire et belliciste en nous intimant l’ordre de choisir entre les terroristes et lui !

Ni État islamique…

Les populations du Proche et du Moyen-Orient ont de multiples et légitimes raisons de nourrir des ressentiments à l’égard des puissances occidentales (Europe et États-Unis). Celles-ci sont largement responsables de l’état de sous-développement de leur pays, confinés dans le rôle de fournisseurs de denrées agricoles et de matières premières, notamment le pétrole. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces puissances n’ont pas cessé de soutenir des régimes tyranniques à leur solde et d’apporter leur appui à l’État d’Israël, qui opprime le peuple palestinien et viole la légalité internationale depuis près d’un demi-siècle. D’une manière plus récente, leurs interventions sous des prétextes illégitimes, en Irak notamment, y sont responsables du chaos politique et de l’appauvrissement qui font des centaines de milliers de victimes. Après d’autres mouvements islamistes (Al Qaida, etc.), Daech se nourrit de ces ressentiments. Pourtant, ses actions sont indéfendables. Sa vision du monde moyenâgeuse assimile dans un même bloc de « croisés » ou d’« infidèles » les populations occidentales et leurs gouvernements, en faisant porter aux premières la responsabilité des politiques menées par les seconds. L’oppression et les massacres que subissent les populations des territoires occupés par Daech, sont ignobles. Cette tyrannie ne vaut pas mieux que les agissements des puissances occidentales auxquelles elle prétend s’opposer.

… ni Front National…

Le Front national et, plus largement, l’extrême droite cherchent à profiter de la réprobation suscitée par les attentats de Paris pour attiser leur haine viscérale de ceux qu’ils nomment « les immigrés » : les populations non originaires d’Europe, même établies en France de longue date et françaises dans leur immense majorité. Leur cible englobe également les réfugiés récemment arrivés depuis le Proche-Orient ou l’Afrique subsaharienne. Suspectés de toutes les intentions malfaisantes, y compris d’être les complices de Daech, alors même que nombre d’entre eux fuient les exactions de ces terroristes, les « immigrés » font l’objet d’une surenchère démagogique délirante : surveillance, enfermement, expulsions, voir même mise à mort… Tous les discours de haine les plus irrationnels sont bons pour se faire passer pour des défenseurs de la France attaquée. En ce sens, ces mouvements d’extrême droite sont l’exact pendant occidental de Daech.

… ni Sarkhollande !

Avec l’appui quasi unanime de la « classe politique », le gouvernement a réagi à ces attentats par des mesures de restriction des libertés publiques : décret d’état d’urgence, prolongement de cet état pendant trois mois, interdiction de manifestations sur la voie publique (dont celle prévue à Paris dans le cadre de la COP 21), multiplication des interpellations et des gardes à vue, larges possibilités offertes aux préfets de s’en prendre à toute personne simple soupçonnable de pouvoir s’opposer aux mesures gouvernementales, etc. Jamais depuis la guerre d’Algérie et les émeutes de 2005, les libertés publiques ne se sont trouvées aussi restreintes en France. Destinées à rassurer les populations, ces mesures seront tout simplement inefficaces pour lutter contre les risques de très probables nouveaux attentats. D’ailleurs, elles ont surtout servi contre les militant-e-s écologistes. Elles permettent aussi à nos gouvernants, d’hier et d’aujourd’hui, de s’exonérer de toute responsabilité dans les processus qui ont conduit à la situation actuelle. Elles cherchent à faire taire toutes les critiques et contestations, pourtant de plus en plus nombreuses, envers leurs politiques néolibérales (austérité salariale et budgétaire, dérèglement du droit du travail, subventions massives au patronat) et leurs effets sociaux désastreux (hausse du chômage et de la précarité, aggravation des inégalités sociales dans tous les domaines). Ces mesures finissent aussi par justifier l’arbitraire policier, les dérives racistes de plus en plus fréquentes et violentes, les agressions contre les mosquées ou commerces tenus par des musulmans ou prétendus tels.

Alors quoi ?

Nous exigeons :

- le rétablissement des libertés publiques sur tout le territoire français et pour toutes les populations qui y vivent ;

- des poursuites judiciaires contre tous ceux et celles qui se rendent coupables de paroles et d’actes visant à semer ou aggraver la haine xénophobe envers « les immigrés » et les réfugiés ;

- la suspension des relations diplomatiques et commerciales de la France avec les monarchies du Golfe, qui soutiennent financièrement Daech ; ainsi qu’avec l’État d’Israël tant qu’il ne se soumettra pas aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et qu’il ne reconnaîtra pas le droit à l’existence d’un État palestinien ;

- la fin de la collaboration de la France et de l’UE avec la Turquie, qui réprime et « emprisonne » les migrant-e-s sur son sol pour le compte de l’UE, et peut donc tranquillement continuer sa politique de contre-insurrection en assassinant des civils et pourchassant les membres du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), seule organisation à faire reculer DAECH en Syrie.

Nous proposons :

- pour éviter que la méfiance et la peur ne s’installent, la constitution de collectifs, sur les lieux de travail et de vie, pour discuter et combattre tous ces problèmes ;

- l’établissement de coordinations locales et nationales pour lutter contre la xénophobie, le racisme, le FN et consorts ;

- le soutien aux luttes des progressistes et révolutionnaires de Syrie, d’Irak, de Turquie ou d’ailleurs.

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Publié le 6 janvier 2016 par CAL Alsace
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