Contre le terrorisme, la guerre et l’état d’urgence : lutter sur le terrain !

Intervention d’Alternative libertaire Alsace lors du meeting contre le terrorisme, la guerre et l’état d’urgence, le 19 décembre 2015, à Strasbourg.

Après les horribles attentats du 13 novembre, François Hollande et Manuel Valls ont adopté la formule de Georges W. Bush en 2001 : « guerre au terrorisme » et restriction des libertés publiques. Une réaction militariste plus dangereuse pour la société française que pour Daech.

Anti-Terror War, épisode 432

L’État français mène des guerres dans plusieurs pays (Irak, Libye, Mali, Syrie…) depuis des années. Ces guerres ont aujourd’hui des répercussions sur le territoire français. Quinze ans de « guerre au terrorisme », de bombardements, de troupes d’occupation, de drones, de forces spéciales… des centaines de milliards d’euros engloutis, pour quel résultat ? C’est dans les ruines de pays bombardés que les chefs djihadistes recrutent des gens n’ayant plus rien à perdre.

Les États occidentaux sont pris dans des contradictions fatales. D’un côté, ils mènent une « guerre au terrorisme » sans fin. De l’autre ils restent amis avec le Qatar, l’Arabie saoudite ou la Turquie, qui appuient le djihadisme en sous-main. Ils garantissent l’impunité du colonialisme israélien, qui est pourtant la cause d’un profond ressentiment. Et, pour plaire à la Turquie, ils traitent toujours le PKK (gauche révolutionnaire kurde) de « terroriste ».

Pourtant, la gauche kurde est aujourd’hui le meilleur rempart contre Daech. Elle lui a infligé des défaites militaires et, surtout, elle lui oppose une alternative politique, avec un projet de société démocratique, laïque, féministe et écologiste.

La seule mesure qui pourrait améliorer notre sécurité, ce serait de mettre fin aux interventions de l’armée française. Et pour combattre les terroristes qui terrorisent d’ailleurs principalement les peuples du Moyen-orient ou du Mali, c’est à nous, les peuples d’occident, de soutenir activement ceux qui luttent sur le terrain ! Notamment les Kurdes de Syrie, dont le projet révolutionnaire est un réel espoir pour tous les peuples qui subissent actuellement les tyrannies de Bachar El Assad ou de DAECH. C’est nous de leur donner un peu de notre temps, de notre argent et d’exiger de nos Etats européens, qu’ils cessent de les poursuivre comme des terroristes !

La guerre intérieure

Suite à ces attentats, nous avons assisté à un déchaînement sécuritaire entretenu par des forces politiques qui surfent sur les peurs pour nous monter les uns contre les autres. Ces forces politiques n’ont d’ailleurs que cet argument de la peur pour justifier leur maintien au pouvoir ou leur conquête du pouvoir, tant ils ont des bilans déplorables sur le sujet qu’ils feignent de définir eux-mêmes comme leur priorité : le chômage !

Les populations issues de l’immigration et la minorité musulmane de ce pays sont visées par des déclarations politiques et sont exposées à des représailles aveugles.

L’« état d’urgence » est une arnaque. Il sera impuissant à stopper des kamikazes. Toutes les mesures liberticides qui s’enchaînent à chaque loi anti-terroriste (il y en a eu 17 depuis 1986 !) n’ont jamais réussi à nous protéger ! En revanche, cet état d’urgence réduit les libertés publiques et entrave la contestation sociale. Ainsi, toutes les manifs sont interdites sauf… les événements commerciaux (matchs de foot, marchés de Noël…).

On connaît d’avance les boucs émissaires de ce climat militariste : les quartiers populaires, les migrant-e-s qui fuient la guerre et la misère, la population musulmane (ou « d’apparence musulmane », comme disait Sarkozy) qui a déjà subi plusieurs « représailles » racistes depuis les attentats.

Ce n’est pas un redoublement des dispositifs liberticides qui empêchera de nouveaux attentats. L’état d’urgence, c’est la suspension de nombreux droits démocratiques, la légalisation de mesures répressives de grande ampleur à l’égard de différentes couches de la population qui n’ont rien à voir avec les attentats.

Nous refusons que le gouvernement profite de l’occasion pour interdire les mobilisations syndicales et écologistes à venir : rappelons-nous que pendant ce temps-là, Macron s’occupe à massacrer les quelques droits que nous avions face à nos exploiteurs !

Tout cela ne mènera qu’à diviser et à renforcer les peurs et les haines. Tout cela ne mènera qu’à une surenchère entre attaques terroristes de plus en plus sanglantes et réponses sécuritaires de plus en plus répressives. La réponse, ce n’est ni le repli sur soi, ni la militarisation de la société.

La solution ne viendra pas de celles et ceux qui ont contribué à créer cette situation par leurs politiques militaristes, impérialistes, discriminatoires, haineuses. Ils utilisent cette situation pour imposer une société toujours plus policière et une unité nationale entre exploiteurs et exploité-es, que nous refusons et dénonçons.

La solution passe par le renforcement des solidarités, dans les quartiers et sur nos lieux de travail, et par le regroupement de toutes celles et tous ceux qui refusent tous les régimes de terreur. Ne restons pas isolé-es ! Réunissons-nous pour discuter de nos responsabilités face à la situation, en particulier en termes d’actions unitaires de toutes les forces de transformation sociale.

L’urgence est climatique !

Les capitalistes sous la bannière COP21 sont venus nous expliquer comment sauver le monde sans surtout toucher à leurs intérêts immédiats, c’est-à-dire à toutes les conditions qui génèrent leurs profits. Le sujet de l’écologie à été remis sur le devant de la scène, et pour que cette conférence devienne un succès tout a été mis en œuvre pour faire taire l’opposition, contrôle aux frontières, interdiction des manifestations, le tout noyé dans l’état d’urgence…Et pendant que ces moralisateurs parlent, toute l’année ils contribuent à mettre en place des projets détestables ! Par exemple, le gouvernement projette de relancer le chantier de NDDL en janvier, ou bien deux mois avant la COP Ségolène Royal avait délivré un permis de recherches pour extraire du pétrole ou gaz de schistes dans plusieurs sites français, dont Herbsheim, en Alsace. En effet, en Alsace, les projets qui détruisent notre environnement et qui nous imposent certaines formes de relations sociales aliénantes, ne manquent pas. Autant de luttes à mener au jour le jour…

Des luttes contre la ferme-usine des 1200 taurillons à Wintershouse, la ferme-usine aux 700 000 poulets à Steinseltz, le fameux GCO, l’arnaque de la géothermie profonde, l’ancienne raffinerie de Reichstett, etc., sont déjà en cours. Mais les associations écologistes qui les mènent ont rarement une vision globale qui les amènerait à remettre en cause la logique de fond de ces projets qui, réunis, construisent pierre par pierre, une société encore plus inégalitaire et autoritaire.

Par exemple, l’affaire de la ferme usine de Wintershouse (entre Haguenau et Brumath), oppose l’association Hérons à un agro-industriel. Une joute s’est déroulée sur deux lignes distinctes, mais qui n’ont qu’une seule fin. Le camp « écolo » pense que le projet est dégueulasse, mais ne remet pas en cause le fait que l’industriel a besoin de s’agrandir. Lui en profite pour dire que ses opposants sont des hypocrites, que le consommateur veut des i-phone cher mais de la bouffe bon marché. Les autorités publiques abondent en son sens. Le projet avance tranquillement… Le dogme de la sainte croissance, et du productivisme qui va avec, semblent être encore tabous ! Normal : ce ne sont que les dénominations vulgaires de ce que l’on appelle l’accumulation du capital.

De tels projets peuvent sembler anodins face à la guerre et l’état d’urgence, mais ils sont bel et bien à la base de la nouvelle expansion du capital. Une ferme usine est une suite naturelle du capitalisme. Cette course au productivisme, au gigantisme, provoque aussi une concentration des terres entre les mains de quelques capitalistes, au détriment des petits producteurs et la déstabilisation des écosystèmes, des lieux de vie.

Pas d’écologie véritable sans la décision politique de sortir du capitalisme. Sans l’autogestion, qui permet de décider collectivement des besoins réels et des moyens de les satisfaire, il y aura toujours la possibilité pour un individu seul, armé de son capital et soutenu par son banquier et les autorités locales, au nom de la défense du droit de propriété privée, de faire ce qu’il veut au mépris de l’intérêt public.

L’Alsace est riche en événements, il est maintenant temps de s’investir dans ces combats et de prendre les problèmes à la racine !

Publié le 19 décembre 2015 par CAL Alsace
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