COP21, du global au local - Episode 2 :

Où en est on avec la transition énergétique à Strasbourg ?

Comme relaté dans l’article « Géothermie profonde : Un peu de chaleur, beaucoup de profits », Strasbourg se veut un modèle de transition énergétique en France. Autant regarder d’un peu plus près ce qui s’est passé ou qui se passera dans la métropole. Un regard local pour éclairer la stratégie de conquête globale de la COP21.

Les quatre initiatives dans les réseaux de chaleur.

- La biomasse ou chaleur à partir de bois se développe au Wacken et à l’Esplanade. Peut être non consommatrices en gaz, ces centrales utilisent du bois venant d’au moins 100km à la ronde. Ceci inclus des flux incessants de camions, dont le bilan carbone n’est évidement pas compté, ni la nuisance en terme de circulation urbaine.

- L’incontestée station d’épuration de la Wantzenau, est un bijou de la bio-industrie qui renvoie même de la chaleur dans le réseau, grâce à la fermentation des boues d’épuration. Inaugurée par la ministre Ségolène Royal en septembre 2015, cette station d’épuration est la 4ème plus grosse de France, présentée par la ministre comme un modèle à diffuser (60 projets d’ici 2020) pour le plus grand bonheur de la multinationale Suez Environnement, en charge de l’exploitation du lieu. Le hic est que pour maintenir un taux important d’eaux usées, dont Suez a besoin pour faire son beurre, il faut continuer à imperméabiliser les sols de la ville, continuer à ne pas trouver d’autre solution que la chasse d’eau,

- L’incinérateur est bien plus problématique, si on considère que la gestion des eaux usées ne l’est pas. Propriété de la ville, sa fonction est de brûler les déchets et d’alimenter en chaleur les usines alentours. Activité polluante en soi qui a vu les conditions de travail se dégrader depuis 2010 et le transfert de la gestion à l’entreprise Sénerval, du groupe Séché Environnement. La CGT a soutenue une grève de 12 semaines en 2014 contre Senerval. Une fois la grève terminée, l’incinérateur à été mis hors fonction pour cause de présence d’amiante dans la structure. Et la ville indemnise lourdement Senerval ! S’il n’y avait « que » ça, mais écologiquement, c’est pareil : comment concevoir de consommer moins de déchets quand on les exploite pour produire de la chaleur qui permet à une entreprise de faire des profits ? Au contraire, il faut les importer pour que l’incinérateur soit suffisamment alimenté, et tant pis pour les retombées dans l’environnement bas-rhinois.

- La géothermie, qui semblait être un graal écologique, a finalement révélé ses nombreux défauts, déjà commentés ici. Notons juste que cette hasardeuse technologie rencontre des résistances à Strasbourg. Le projet de la Robertsau a été définitivement annulé, mais celui d’Eckbolsheim et Reichstett perdurent, sous l’égide de l’entreprise Fonroche, de même que celui d’Illkirch mené par Electricité de Strasbourg.

Qu'il fait le fier, Olivier Bitz, l'adjoint au maire qui montre « sa » belle réalisation à la ministre de l'écologie et à Jean-Louis Chaussade, le PDG de Suez

Qu’il fait le fier, Olivier Bitz, l’adjoint au maire qui montre « sa » belle réalisation à la ministre de l’écologie et à Jean-Louis Chaussade, le PDG de Suez !

Une même logique : le libéralisme « vert »

Le point commun à tous ces projets, est qu’ils privatisent des services. Sous l’alibi de technologies complexes, la ville va céder des droits à toutes sortes d’industriels, qu’ils soient locaux comme ES ou GDS, ou qu’ils soient internationaux comme SUEZ environnement, Séché Environnement ou Fonroche.

Toutes ces entreprises s’engouffrent dans une vague de subventions. Strasbourg dépense 220 millions d’euros entre 2010 et 2020 en énergies renouvelables, mais il y a aussi l’ADEME (agence nationale de l’énergie), ou l’Europe avec le fond life+ dont bénéficie la station d’épuration de Suez…

Tout cela est coordonné par le ministère de l’écologie. Tout cela va créer de nouvelles propriétés privées dans des secteurs vitaux à nôtre existence, dans toutes les villes du territoire. Tout cela favorise des conquêtes mondiales pour des grands groupes voraces.

Les actionnaires peuvent dire merci à l’écologie institutionnelle. Les salariés, beaucoup moins, ceux de Senerval en sont les premiers témoins !

Publié le 4 décembre 2015 par CAL Alsace
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