Bulletin d’infos d’Alternative libertaire - Alsace, n°53 - octobre 2015

La France ne peut pas accueillir tous les racistes du monde !

Si pendant quelques semaines la prétendue « crise » des migrants a occupé les premières pages des journaux, on ne peut pas dire que cela ait suffit à mettre fin à une tradition bien ancrée de la vie politique française depuis quelques décennies : la surenchère démagogique ! Entre petites phrases ridicules, propositions aberrantes et insinuations malhonnêtes, les politiciens de tous bords se jettent sur l’occasion pour faire parler d’eux, et tant pis s’il faut pour cela déformer la réalité. Tout est bon pour gagner une élection…

Top 3 des discours les plus ridicules sur les migrants

1- « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde »

En Syrie, sur les 12 millions de personnes déplacées, 8 millions sont toujours à l’intérieur du pays. La Turquie et le Liban sont les pays qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés Syriens (3 millions à eux 2), loin des 24 000 que la France accepte d’accueillir. Dans le monde, seuls 20% des migrants vont dans un pays développé ! Toute la misère du monde ne cherche donc pas à venir en France ! De plus ceux et celles qui ont les moyens de partir sont généralement issus des classes moyennes ou de la bourgeoisie, donc il ne s’agit pas « la misère du monde ».

2- « Des terroristes se cachent parmi les réfugiés »

Les frères Kouachi, Mohamed Merah, Amedy Coulibaly ou Mehdi Nemmouche étaient tous citoyens français. Pourquoi faire venir des terroristes de Syrie, dans des bateaux qui coulent régulièrement, quand nous avons tout ce qu’il faut ici ? L’argument utilisé par l’extrême droite est une misérable tentative de stigmatiser ces populations pour justifier un rejet de la solidarité.

3- « C’est la crise, on n’a pas le moyens de les accueillir »

L’ensemble des frais occasionnés par l’accueil des migrants ne correspond qu’à 0,2% de l’ensemble des richesses créées dans la zone euro (Berenberg bank), et les médias oublient souvent de dire ce que les immigrés rapportent à la France. Cette population, en moyenne assez jeune et diplômée (1/3 au niveau bac et 1/3 au niveau supérieur) cotise beaucoup plus à la sécurité sociale que la population autochtone (2250€/an en moyenne contre 1500€/an), ce qui limite le déficit de la sécurité sociale (rapport de l’assemblée nationale, 2011).

Heureusement, le PS est là !

En France, le pouvoir s’est targué d’appliquer une politique d’ « humanité et fermeté ». Depuis le mois de juin, la mairie PS de Paris et le ministère de l’intérieur cassent systématiquement toutes les tentatives d’organisation de la solidarité avec les migrants, allant jusqu’à expulser des centaines de personnes des camps de La Chapelle ou d’Austerlitz, leurs affaires étant mise à la benne et les solutions d’hébergement leur étant proposées pour, au mieux, 30 jours. Si la « fermeté » de l’Etat socialiste se concrétise matériellement chaque jour depuis 2012 (les expulsions d’étrangers étant chaque année plus nombreuses que sous Sarkozy), « l’humanité » des responsables politiques se limite aux discours.

Responsables et coupables

Peut-être faut-il rappeler que les régimes dictatoriaux, que beaucoup de personnes fuient, vivent très bien grâce au soutien de nos grandes « démocraties » occidentales : Kadhafi comme Assad ont bien été accueillis à Paris par Sarkozy et la ministre des Armées d’alors, M. Alliot-Marie avait proposé son aide à Ben Ali pour écraser la révolution tunisienne. Aujourd’hui on préfère soutenir l’Arabie saoudite ou l’Égypte, qui achètent les Rafales de M. Dassault.

Et comment s’étonner que des centaines de milliers de personnes fuient la misère, quand les principales ressources de la planète sont pillées par des grandes entreprises occidentales (et maintenant chinoises aussi) ? Quand 80% de la population mondiale doit se contenter de 10% des richesses (ATD Quart monde, 2012). Mais nos gouvernements préfèrent que les pauvres restent chez eux pour s’endetter en achetant nos produits !


Quand l’Union européenne engraisse les mafias

On estime que 2700 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée depuis 2 ans. Ces personnes tentent d’atteindre l’Union Européenne, qui ferme de plus en plus ses frontières, accepte de moins en moins de personnes et… va jusqu’à reconstruire des murs (Espagne, Hongrie…). Les exemples de violences policières ou de harcèlement à l’encontre des réfugiés et de leur soutiens (Vintimille, Calais, Lesbos…) sont quotidiens.

Plus le passage est difficile, plus les « passeurs » deviennent indispensables et chers. Des mafias de toutes sortes profitent de la politique européenne.


Le privilège de circulation…

Si l’Europe se targue d’avoir instauré une liberté de circulation pour les marchandises, pour les capitaux (y compris ceux qui cherchent à se réfugier au Luxembourg pour échapper à la fiscalité), l’UE ne semble pas avoir la même considération pour les humains. Seuls les citoyens et citoyennes de l’Union européenne peuvent en bénéficier. Son agence Frontex dépense plus de 100 millions d’euros par an (142 millions en 2015) pour surveiller les frontières et ficher les migrants.

Il était une fois les frontières

La liberté totale de circulation et d’installation est un droit naturel de l’être humain. Ce ne sont pas aux frontières, simples lignes dessinées arbitrairement par les puissants selon leurs intérêts, de décider des droits que nous avons ou des conditions de vie dans lesquelles nous devons (sur)vivre.

Mais tout autant que le droit de circuler librement, tout le monde doit avoir le droit de vivre en sécurité là où il le souhaite ! Contre les guerres et les oppressions qui poussent sur les routes de l’exil des millions de personnes chaque année, nous ne pouvons pas faire confiance à des Etats, mêmes « démocratiques », pour assurer la sécurité des populations. Les ventes d’armes ou les intérêts géopolitiques jouent plus dans la politique des Etats que les droits des peuples.

Ce sont aux peuples de monde de faire preuve de solidarité ! Contre les barbares de l’Etat islamique, contre les tyrans qui massacrent (en Erythrée par exemple) ou qui emprisonnent (en Russie par exemple), c’est à nous d’agir ! En soutenant ceux et celles qui cherchent un refuge, en aidant ceux et celles qui luttent contre l’oppression, en protestant contre les complicités dont bénéficient les tyrans au sein de notre propre gouvernement, nous pouvons faire plus pour la libération des peuples que ne le feront les gouvernements.

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Publié le 10 octobre 2015 par CAL Alsace
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