Sentsov et Koltchenko, 23 ans et 12 ans de camp, non !

19 août 2015 | Par Vincent Présumey

Le 19 août, le procureur de Rostov-sur-le-Don Oleg Tkachenko a requis 12 ans de camp (« colonie pénitentiaire ») à l’encontre d’Alexandr Koltchenko, militant anarchiste ukrainien, et 23 ans à l’encontre d’Oleh Sent’siv (en russe Oleg Sentsov), cinéaste ukrainien, militant du Maidan.

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Ce matin 19 août, le procureur de Rostov-sur-le-Don Oleg Tkachenko a requis 12 ans de camp (« colonie pénitentiaire ») à l’encontre d’Alexandr Koltchenko, militant anarchiste ukrainien, et 23 ans à l’encontre d’Oleh Sent’siv (en russe Oleg Sentsov), cinéaste ukrainien, militant du Maidan, kidnappés par le FSB et jugés en tant que Russes (ce qu’ils ne sont pas) pour actes terroristes fascistes montés par un groupe dont Oleh Sent’siv aurait eté le chef en relation avec l’organisation ukrainienne Pravyi Sector (alors qu’ils sont les vrais adversaires du fascisme en Russie comme en Ukraine).

Le réquisitoire sur ordre du procureur maintient la fabulation grotesque selon laquelle Sentsiv aurait monté un « groupe terroriste » avec Koltchenko, les co-accusés Alexei Chirniy et Guennady Afanassiev, qui ont « avoué » et écopé de peines jugées légères de 7 années, et 4 autres individus supposés.

Ce réquisitoire a pour vraie cible les habitants de Crimée de toutes nationalités, Russes, Ukrainiens, Tatars ou autres, les antifascistes et défenseurs des droits humains dans toute la zone « eurasienne » dont l’impérialisme russe veut le contrôle, et les secteurs de la jeunesse russe, ukrainienne ou biélorusse qui, sans avenir et en révolte contre la dictature récurrente de l’Etat, se tournent vers l’anarchisme ou vers la défense sans concession de tous les droits humains, dont la liberté totale de mode de vie, d’expression et de création.

Les droits de la défense ont été bafoués.

Il est prouvé qu’Oleh Sent’siv et l’un de ses témoins ont été torturés. Oleh Sentsiv a été kidnappé en présence de sa fille, battu pendant une journée, puis torturé à plusieurs reprises, battu la tête dans un sac, ainsi que Koltchenko pendant leur séquestration à Simféropol, précédant leur envoi à Moscou, trajet en avion qu’ils ont fait menottés ; les geoliers de Sent’siv l’ont menacé de viol et ont ensuite tenté de faire passer ses échymoses pour la conséquences de pratiques sado-masochistes.

Les deux hommes se sont vu signifier que s’ils avouaient tout, leur peine serait plus légère (les 7 années d’Afanassiev et Chirniy ?). Ils n’ont rien avoué. De plus, un revirement important s’est produit pendant le procés : Guennadi Afanassiev a déclaré avoir menti sous la torture. Il a déclaré avoir été frappé, étouffé sous un masque, avoir alors reçu des injections de vomitif, et des décharges électriques dans les parties génitales. Le juge Sergei Mikhailuk a refusé de joindre ces déclarations au dossier.

Le droit à des « défenseurs civiques », reconnu par le code pénal russe, a été refusé alors que l’avocat de Koltchenko, Svetlana Sidorchenko, demandait ce statut pour le militant des droits civiques de Rostov Vladislav Ryazantsev, et que l’avocat de Sent’siv, Dmitry Dinze, le demandait pour la cousine de Sent’siv, Natalya Kochneva. N’étant pas considérés comme ukrainiens, les accusés ont vu leur demande d’audition par le consulat ukrainien refusée.

Les accusations se sont progressivement centrées, c’est-à-dire de fait réduites, à l’organisation par personnes interposées de jets de cocktail Molotov et de projet de déboulonnage d’une statue de Lénine, mais les pièces à conviction supposées sont pendant une grande partie du procés restées « secret défense » ! Classer les documents à charge secrets d’Etat et organiser un procés public sur des accusations secrétes, voila une méthode éloquente ! Il semble que finalement les pièces ont pu être consultées. Elles ne comporteraient pas grand chose d’autre que les « témoignages » des deux co-accusés initiaux qui n’ont pris « que » 7 ans et dont l’un, Afanassiev, avait téléphoné à Sent’siv alors qu’il était déjà arrêté (Sent’siv le sachant n’avait pas répondu), sans doute pour le compromettre sur ordre.

La sentence doit être annoncée le 25 août à 14h. (13 h France)

Il est de la responsabilité des défenseurs des droits humains et des organisations syndicales d’intervenir immédiatement en exigeant la libération de Sentsov et Koltchenko.

Durant le procés l’organisation russe Memorial, dont on connaît le rôle historique pour la vérité humaine et historique et la justice dans les années 1980, a pris la défense de Sent’siv et Koltchenko en tant que prisonniers politiques.

L’académie européenne du cinéma s’est, pour la deuxième année consécutive, adressée aux autorités russes pour la libération immédiate d’Oleh Sent’siv.=321&cHash=48169eac8847db98ac671b911b8c21ea,]

Lettre signée entre autres par Aki Kaurismaki, Ken Loach, Volker Schlöndorff, Bertrand Tavernier, Andrzej Wajda, Wim Wenders, Andrej Zùlawski …

Mesurons : 23 ans et 12 ans de camp.

La première défaite de l’arbitraire a pourtant eu lieu : c’est le sourire de Sent’siv et Koltchenko. Ils n’ont pas avoué, ils combattent, ils sont sûrs de leur droit. Car ils sont en droit de penser possible que la chute du régime qui prétend les juger intervienne avant l’expiration de leur peine. L’honneur du mouvement ouvrier et démocratique exige que l’action pour leur libération, maintenant, s’intensifie.

Voici, d’aprés la traduction d’un correspondant du site http://ukraine2014.canalblog.com diffusées sur ce site, les déclaration faite au tribunal par Alexandr Koltchenko et Oleh Sent’sov.

Site Koltchenko avec pétition.

Eléments de réflexion sur les freins politiques à l’encontre de ce juste combat en France.

Publié le 21 août 2015 par CAL Alsace
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