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Bulletin d’infos d’Alternative libertaire - n°49 -mars 2015

Géothermie : Strasbourg, bientôt capitale du capitalisme vert ?

Dans le cadre du Plan Climat Energie de 2009, les instances de la Communauté Urbaine de Strasbourg (oups, il faut dire Eurométropole maintenant… folie des grandeurs, quand tu nous tient !) ont décidé de transformer la ville en « écocité ». Bus au gaz, tram, nouveaux quartiers en construction aux normes BBC… et énergie verte. Mais la mise en application de ces bonnes résolutions laisse à penser que l’objectif est surtout de permettre à quelques grandes firmes de faire du pognon, sur le dos de la collectivité.
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A la conquête de l’énergie verte

Dans ces énergies « vertes », le chauffage prend ici une place prépondérante : raccord au réseau de l’incinérateur à déchets produisant de la chaleur pour le Neuhof et la Meinau, nouvelle chaudière à bois du Wacken, ou méthanisation des eaux usées, etc. Ces trois sites représentant la « diversité » appartiennent à des exploitants privés. Le gros morceau de l’enveloppe transition énergétique reviendrait cependant à la géothermie profonde. Les capacités exceptionnelles du sous-sol alsacien, particulièrement dans la zone de Strasbourg, vont transformer la ville en laboratoire et vitrine mondiale de la chaleur pour une société d’exploitation : Fonroche. L’entreprise, fondée en 2008 et spécialisée dans le photovoltaïque, s’est vu pousser des ailes avec l’entrée dans son capital d’Eurazeo en 2010. Cette société de financement transforme alors le fantassin en tank. Le but de Fonroche devient celui de conquérir le marché mondial de l’énergie durable, en photovoltaïque, méthanisation ou géothermie. Avec des investissements massifs, ce sont quatre centrales géothermiques que l’exploitant envisage de construire à Strasbourg (Robertsau, Eckbolsheim et Vendenheim, le quatrième est non connu) accaparant 80% de la production en chaleur de la ville. A l’heure où de nombreuses collectivités en France tentent de retrouver la gestion de l’eau, suite aux divers désastres et scandales des entreprises privées qui s’en chargeaient, Strasbourg décide donc de profiter des politiques publiques encourageant la transition énergétique pour… enrichir une entreprise privée !

La géothermie n’est pas une solution

Si la géothermie a aujourd’hui si bonne presse, c’est grâce à une sacré falsification qu’on en fait une méthode écologique. En réalité, les quelques « problèmes » de la géothermie sont assez souvent passés sous silence :

- Le principe géothermique est de pomper de l’eau chaude, pour en extraire la chaleur, et la distribuer ainsi dans le réseau. L’eau refroidie est réinjectée dans le circuit, refroidissant tranquillement la source jusqu’à épuisement et arrêt de l’activité (estimé à 30 ans). Ce qui en fait une ressource non renouvelable.

- La valeur « estimée » du gisement est par essence une estimation. Les vendeurs prévoient des rendements stables à l’exploitation des sources, avec un tarif stable. Le fait est qu’aucune science actuelle ne permet d’estimer la capacité des sites. Donc, pas de tarifs stables.

- L’installation peut générer des micro-séismes endommageant des sols, et donc les habitats. Ces risques seraient, parait-il, inexistants dans le modèle d’installations prévu dans le Bas Rhin. Mais ce n’est qu’une hypothèse…

- L’eau captée est radioactive et contamine nécessairement tout le matériel en contact avec elle. Durant son fonctionnement, la centrale devra être placée sous contrôle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Son démantèlement « dans 30 ans » sera donc extrêmement compliqué et potentiellement dangereux.

- Les conduites peuvent fuir, entraînant une contamination de la nappe phréatique qui fournit l’eau potable de 98% de la population d’Alsace.

- Très peu de projets de géothermie profonde ont actuellement vu le jour.

Nouvelle énergie ou recette traditionnelle ?

L’énergie géothermique est discutable écologiquement tout comme son exploitation l’est politiquement. Les développements technologiques se font en collaboration avec les universités, les subventions étatiques lancent la bête, le fruit de l’exploitation revient au privé. Et les dégâts sont pour le bon peuple, alors que l’on connaît dès le début les causes de ces dégâts. L’avant-gardisme dans des buts de conquête, les rendements soi disant stables, la méconnaissance générale de ce à quoi l’on touche…rappellent étrangement les conditions de mise en place du nucléaire en France. La géothermie profonde est un projet sans visibilité et intenable à long terme. Mais les « décideurs » ne comptent pas s’arrêter à ces quelques projets et espèrent exploiter l’ancienne raffinerie de Reichstett, au carrefour entre les autoroutes de Paris, d’Allemagne et du futur GCO (projet bientôt semi-séculaire et qui est sans arrêt remis en avant par chaque élu en mal de célébrité). 450 hectares de friche industrielle, qui, une fois dépolluée, se transformeront en « europort de Fret » (c’est vrai qu’il n’y a pas encore assez de camions sur l’autoroute), avec son parc urbain ou « réserve naturelle » qui fait beau, et un ensemble de champs qu’on laisse « libres » à la spéculation des promoteurs, pour développer la ville.

Premier article sur le sujet et source du bulletin.

Publié le 30 mars 2015 par CAL Alsace
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