Strasbourg

Grève aux Grands Moulins de Strasbourg

Plus de blé, moins de pressions

Après plusieurs plans sociaux, et des rumeurs de changement de mains, les salariées et salariés de la minoterie de Port-du-Rhin des Grands Moulins de Strasbourg (3e groupe meunier français) étaient en grève ce lundi 9 mars. Une conjonction de facteurs avait mis fin à leur patience et une majorité de grévistes faisait le piquet devant la boîte qui compte une soixantaine de personnes employées hors bureaux.

Comme souvent en ces moments là, si les slogans affichés sont clairs (repris des propos infâmes d’un chefaillon : « les paroles s’envolent les écrits restent » – autrement dit « asseyez-vous sur les promesses qu’on vous a faites »), la réalité derrière le ras-le-bol est complexe. Après avoir augmenté leur rendement pour faire face à une diminution de personnel (le dernier plan social a mis 24 « volontaires » sur le carreau – une chance au tirage, zéro au grattage pour la loterie du reclassement), ce directeur n’a pas voulu donner une partie supplémentaire des gains à ceux qui restaient pour abattre la tâche. Comme toujours, lors des NAO, l’accent a été mis sur les sacrifices à faire, toujours du côté des prolétaires, rarement du côté de ceux qui choisissent d’investir des millions à perte dans des projets grotesques de rachats hasardeux, ou qui ont, comme le PDG du groupe GMS Bertrand-Charles Leary, des comptes à Panama pour égarer les brigades financières (http://france3-regions.francetvinfo.fr/alsace/2015/02/10/swissleaks-le-pdg-des-grands-moulins-de-strasbourg-poursuivi-en-justice-652283.html).

Car il est évident que ce n’est pas pour le bien du consommateur que se font ces économies sur le dos du personnel. En 2012, GMS été épinglé parmi d’autres par l’Autorité de la concurrence pour entente illégale sur les prix des farines en sachet, mais la cour d’appel de Paris a en 2014 réduit à peau de chagrin le jugement que l’Autorité avait mis une quarantaine d’années à rendre. GMS pèse 500 salariées et salariés, et si l’activité meunière a connu des pertes en 2012, les observateurs de cette société cotée en bourse estiment que l’activité meunière était en 2014 à un niveau soutenu (dans les 170 millions d’euro sur les 9 premiers mois de 2014)… et avec moins de personnel. En tous cas le titre a fait un bond impressionnant depuis décembre (entre 125 et 133% d’augmentation). La quinzaine d’intérimaires sont-ils plus performants que les 24 anciens salariés, ou a-t-on plutôt fait reposer la « sauvetage » de la meunerie, désignée comme bouc-émissaire, sur les épaules du personnel restant ? Le travail est en tous cas de l’aveu de certains devenu plus dur, et les conditions de travail se sont envenimées, grâce à un petit chef adepte d’une forme de harcèlement. Travailler plus pour avoir plus de blé… dans les poches d’autres. Et la division menace pourtant car ceux qui veulent garder les yeux fermés crient au sabotage de l’activité. Pourquoi ne pas demander aussi de réduire le redressement fiscal du patron d’un million ou deux, tant qu’on y est ? Même si certains estiment ne pas être si mal payés, ou que la direction fait des efforts, après quatre rencontres dans la journée, les grévistes attendaient toujours ce soir à 19h que celle-ci leur offre un compromis satisfaisant… le petit chef serait écarté, mais comment rendre leur dignité à ceux qui l’ont subi ?

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Publié le 10 mars 2015 par CAL Alsace
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