Bulletin d’Alternative Libertaire Moselle N°6 - Mars 2015

TAFTA : Le rêve des capitalistes, le cauchemar des peuples !

Plusieurs accords de libre-échange sont en cours de négociation à l’échelle mondiale. Parmi ceux ci, le TAFTA (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement). Ces accords, destinés à servir les intérêts des entreprises multinationales, sont une menace majeure pour l’ensemble des droits sociaux (droit du travail, droit à la santé) et pour l’environnement.

Vous avez dit TAFTA ?

Historiquement, le TAFTA est l’enfant de l’OMC mais surtout de l’AMI, (Accord Multilatéral d’Investissement), un accord qui a avorté au milieu des années 1990.

Le principe du TAFTA est le suivant : L’ouverture du marché aux entreprises étasuniennes sur le sol européen, avec la création d’une société juridique privée exerçant le rôle d’arbitre, de tribunal. Il faut savoir que les signataires de ce traité veulent que cette société juridique ait un rôle supérieur à toutes les instances et institutions européennes. Ceci est très grave, car à la moindre plainte d’une entreprise reprochant à un pays européen où elle est implantée un manque de coopération envers sa politique professionnelle, la dite entreprise pourra demander un manque à gagner au pays par l’entremise du tribunal privé. Par exemple, une entreprise d’extraction de Gaz de schiste pourra porter plainte contre un pays lui refusant de sonder le sol pour le simple fait que ce refus pourrait lui faire perdre une « hypothétique » possibilité d’extraire du gaz de schiste.

La nouveauté de ces accords, c’est qu’ils tentent de s’attaquer à tout en même temps. Si les capitalistes tentent aujourd’hui d’imposer des accords aussi désastreux pour les peuples, c’est parce qu’ils sentent que la résistance n’est pas à la hauteur et qu’ils ont pour l’instant les mains libres. Si nous voulons les empêcher de nuire, à nous de montrer que nous avons encore la capacité de résister !

Rendre le pouvoir des firmes supérieur à celui des peuples, c’est enterrer la démocratie !

Museler les peuples et réprimer les réfractaires plus efficacement

Les accords de libre échange sont une atteinte aux droits de l’homme.

TAFTA ou autres, les accords de Libre échange donnent aux multinationales le droit, non seulement de saccager la planète sans se préoccuper des populations et de l’environnement, mais aussi le droit d’empêcher les contestations.

Pressions pour modifier les lois, afin de rendre les luttes citoyennes illégales, et pour réprimer plus efficacement.

Fichage, amendes et emprisonnements, comme aux états-Unis, où les militants écologistes sont classés terroristes, histoire de frapper fort et de décourager celles et ceux qui se battent pour leurs convictions ! Marginaliser, mettre en danger, fragiliser toujours davantage les personnes qui ont l’audace de contester leur ordre…

Pour l’illustrer concrètement, les actions de lutte et de création de ZAD contre des projets de type Notre Dame de Landes pourra donner lieu à des conséquences graves. Une société implantée en France voyant des groupes d’opposants empêcher la bonne marche des travaux sera en droit de demander au pays hôte de mettre en œuvre tous les moyens afin de juguler toute velléités d’opposition, et si l’état n’est pas à même de s’exécuter, l’entreprise plaignante pourra toujours avoir recours à une société privée afin d’y mettre bon ordre, avec toutes les conséquences imaginables.

Comme si les militants avaient besoin de ça, la répression est déjà bien assez féroce, et le souvenir de Rémi Fraisse est là pour nous le rappeler.

Le TAFTA, stade suprême de l’impérialisme ?

Avec le TAFTA, des écoles privées de puissances étrangères pourront s’installer dans un pays européen, mais auront le droit de demander le même traitement que celui des écoles publiques, et cela pourra aller jusqu’au procès. A terme, cela ruinera à la fois les écoles publiques ainsi que le pays hôte, et finalement plongerait ce dernier dans une course à l’ultralibéralisme le plus débridé.

Dans le traité Canada-Union Européenne on retrouve toujours une même logique, notamment « Le Brevetage du Vivant ». Le plus parlant en France étant l’interdiction de l’emploi du purin d’ortie à des fins agrico-commerciales, ainsi que la transmission de ce savoir sous le faux prétexte sanitaire mais pour la vraie loi du sacro-saint profit du laboratoire qui a breveté la molécule active de ce purin, et cette loi s’étend à nombre d’autre choses. Par exemple un agriculteur Bio qui voit ses cultures « polluées » par le pollen d’une culture OGM tendra le flanc à une plainte de la firme Monsanto (principal revendeur d’OGM) pour culture illicite de plants OGM alors que ce dernier n’y est pour rien. Ce problème existe déjà, mais il y a suffisamment de garde fou actuellement pour empêcher la catastrophe.

Dans un premier temps ce traité ne concerne que les Etats Unis, le Canada et l’Union Européenne, mais pourrait s’étendre à d’autres pays. On pourrait s’imaginer que l’Union Européenne va devenir la proie des Etats Unis et du Canada… c’est oublier que dans ces accords il y a aussi des entreprises européennes, françaises (Véolia par exemple) et qu’elles exerceront leurs droits de la même façon aux Etats Unis comme au Canada.

En effet, dans un état où l’on extrait le gaz de schiste, la société Véolia se présenterait afin de dépolluer les nappes phréatiques, à un prix exorbitant, excluant les américains les plus pauvres de l’approvisionnement en l’eau potable.

Si certaines organisations politiques utilisent le clivage anti-américain pour combattre ce traité, on peut sans se tromper affirmer qu’elles font fausse route. Cela va réveiller les vieilles idées nationalistes en oubliant le cœur du problème, c’est que ce traité est l’illustration parfaite de la lutte des classes, où le capitalisme ultralibéral est la forme la plus aboutie de l’impérialisme économique.

Alternative Libertaire Moselle

Publié le 6 mars 2015 par CAL Alsace
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