Géothermie : Strasbourg, bientôt capitale du capitalisme vert ?

Dans le cadre du Plan Climat Energie de 2009, les instances de la Communauté Urbaine de Strasbourg (oups, il faut dire Eurométropole maintenant… folie des grandeurs, quand tu nous tiens !) ont décidé de transformer la ville en « écocité ». Bus au gaz, tram, nouveaux quartiers en construction aux normes BBC… et énergie verte.

A la conquête de l’énergie verte

Dans l’énergie, le chauffage prend ici une place prépondérante. Le raccord au réseau de l’incinérateur à déchets produisant de la chaleur pour le Neuhof et la Meinau, la nouvelle chaudière à bois du Wacken, méthanisation des eaux usées. Ces trois sites représentant la « diversité » appartiennent à des exploitants privés. Le gros morceau de l’enveloppe transition énergétique reviendrait cependant à la géothermie profonde. Les capacités exceptionnelles du sous-sol alsacien, particulièrement dans la zone de Strasbourg, vont transformer la ville en laboratoire et vitrine mondiale de la chaleur pour une seule société d’exploitation : Fonroche.

L’entreprise, fondée en 2008 et spécialisée dans le photovoltaïque, s’est vu pousser des ailes avec l’entrée dans son capital d’Eurazeo. Cette société de financement transforme alors le fantassin en tank. Le but de Fonroche devient celui de conquérir le marché mondial de l’énergie durable, en photovoltaïque, méthanisation ou géothermie. Avec des investissements massifs, ce sont quatre centrales géothermiques que l’exploitant envisage de construire à Strasbourg (Robertsau, Eckbolsheim et Vendenheim, le quatrième est en cour de discussion) accaparant 80% de la production en chaleur de la ville. Ces centrales sont prévues pour un amortissement sur 30 ans d’exploitation, 30 ans aux mains d’une seule société, ou de ses acheteurs. A l’heure où de nombreuses collectivités en France tentent de retrouver la gestion de l’eau, suite aux divers désastres et scandales des entreprises privées qui s’en chargeaient, Strasbourg décide donc de profiter des politiques publiques encourageant la transition énergétique pour… enrichir une entreprise privée !

Et en plus, la géothermie n’est pas la solution de rêve pour relever un défi écologique !

Les dommages collatéraux

Le principe géothermique est de pomper de l’eau chaude, pour en extraire la chaleur, et la distribuer ainsi dans le réseau. L’eau refroidie est réinjectée dans le circuit, refroidissant tranquillement la source jusqu’à épuisement et arrêt de l’activité (estimé à 30 ans). Ce qui en fait une ressource non renouvelable.

Le plan ci-contre montre une centrale, et son puit plongeant à 5000m sous terre. Un circuit fermé producteur de chaleur et d’électricité par cogénération.

Mais ce type d’installation occasionne quelques problèmes :

- La pression injectée dans les forages a été la source de secousses sismiques causant des dégâts dans la ville de Bâle, conduisant à l’abandon du projet géothermique dans cette agglomération. Ces secousses sont la conséquence d’une surpression volontaire comme il s’en produit dans des réseaux de fracturation hydrolique pour extraction de gaz de schistes. Le système de Strasbourg se fait sans fracturation, on se contente de « stimulation hydraulique », c’est à dire la même chose mais avec moins de pression. De fait, le risque demeure.
- L’eau captée est radioactive et contamine nécessairement tout le matériel en contact avec elle. Durant son fonctionnement, la centrale devra être placée sous contrôle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Son démantèlement dans 30 ans sera extrêmement compliqué et potentiellement dangereux.
- Les conduites peuvent fuir, entraînant une contamination de la nappe phréatique de la cité, ce qui s’est déjà produit à Landau.

Nouvelle énergie ou recette traditionnelle ?

L’énergie géothermique est discutable écologiquement tout comme son exploitation l’est politiquement. Les développements technologiques se font en collaboration avec les universités, les subventions étatiques lancent la bête, le fruit de l’exploitation revient au privé. Et les dégâts sont pour le bon peuple.

Très peu de projets de géothermie profonde ont actuellement vu le jour et aucun au même endroit. Nous ne pouvons pas laisser faire l’expansion de ce nouveau « bijou » technologique, qui comporte des risques non maîtrisés,… et pas encore assurés en France.

Publié le 19 février 2015 par CAL Alsace
1376 visites