Sans-abri de Strasbourg : L’histoire d’un abandon

On a beaucoup trop attendu pour ouvrir des places en urgence, l’hiver est là et chaque année l’histoire se répète… L’histoire d’un abandon. Chaque hiver on découvre que la neige et le froid s’installent et que des centaines de personnes sont sans toit à Strasbourg et qu’aucune solution ne sera proposée à la majorité.

Chaque année on découvre que le 115 donne principalement des réponses négatives. Chaque année on nous dit que le 115 est saturé et que nous manquons de places… Les années passent et la situation se dégrade.

Le grand froid est là et contrairement à d’autres villes, d’autres régions, Strasbourg reste à minima.

Près de 200 places supplémentaires ouvertes en tout et déjà occupées. Des places supplémentaires ouvertes à Lyautey, au compte goutte, plus 10 ou plus 5 si le besoin se présente, alors que le besoin est là !!!. Un besoin que l’on va ignorer car, le plus extraordinaire est que l’on va se baser sur les remontées de chiffres d’un SIAO défaillant, uniquement « géré » par des responsables d’hébergement, et d’un 115 que tous n’appellent pas. Toutes les personnes sans-abri ne possèdent pas de téléphone et les cabines téléphoniques se font rares. De plus, le fait de devoir rappeler parfois à des heures tardives fait que certains vont se trouver un coin et ne plus bouger. Face aux difficultés beaucoup abandonnent, eux aussi. Tous les chiffres se télescopent et ne donnent aucune image juste de la réalité. Donc dans une grande ville comme la notre 45 places ouvertes … et au moins encore 300 personnes sans solution. Mais si tu n’es pas comptabilisé, si ton nom n’est pas sur une liste, tu n’existes pas !. Aucune marge de manoeuvre, aucune anticipation. Les associations qui vont sur le terrain sont unanimes, il faut plus de places et vite, en urgence quoi.

Des appartements sont mis à la disposition des familles, quelques places sont encore libres. Mais pour les isolés, comme ils disent, seule la partie visible, ceux qui vont se manifester seront traités ou maltraités… De plus, nous avons peu de maraudes dignes de ce nom, deux en tout et pour tous : Médecin du Monde et les équipes mobiles de la ville. Pour une ville comme la notre c’est minable. Dans de telles conditions, à devoir dire non, non, non ; ils font un boulot admirable. Merci à eux.

A Strasbourg tout semble reposer sur les seuls services de l’état. La ville semble s’être désengagée et ronronne dans un bien-être affligeant. Le service concerné n’hésite pas à répondre lorsqu’on lui pose la question « la gestion de l’hiver, c’est à l’état de faire », rejetant la responsabilité sur l’autre !!! Pire, les services de la Ville refuse, nie la réalité « il n’y a plus de gestion aux températures, on ne dit plus »plan-hivernal«  ! Alors que les consignes sont : »Le plan Grand Froid est déclenché au niveau départemental par les préfectures lorsque la température ressentie se situe entre -5 et -10 degrés la nuit et tombe en dessous de zéro le jour."

La préfecture peut-elle faire tout, toute seule ? Ne peut-on imaginer face à une catastrophe humaine que tout le monde va s’associer ? qu’ils vont mutualiser leurs moyens ?. Bien sûr, elle pourrait réquisitionner des immeubles, mais ensuite, il faut bien que tous se mobilisent pour en faire quelque chose. Depuis des mois nous tirons la sonnette d’alarme en vain.

A Strasbourg même les nuitées d’hôtels sont pleines depuis longtemps, donc là encore, les capacités sont au maximum, plus de mille nuitées !!!

La situation se dégrade et les 2 enquêtes insee réalisées le démontrent : • Ils étaient 111.700 en 2012 dans les moyennes et grandes agglomérations, dont 31.000 enfants selon une étude de l’INSEE. Depuis 2001, le nombre de sans-abri a augmenté de 44%. beaucoup de jeunes de moins de 25 ans beaucoup de femmes seules avec enfants de plus en plus de travailleurs pauvres plus de la moitié sont des familles en 10 ans le nombre d’enfants à la rue a fortement augmenté

comme si on trouvait cela normal nous avons tous les outils pour que la situation s’améliore mais personne pour les maîtriser à strasbourg tout va bien, d’ailleurs aucune voix ne s’élève pour dire le contraire !

nous remercions la poignée d’adjoints qui tentent de faire bouger les lignes …

Collectif SDF Alsace

mercredi 31 décembre 2014

Un mort de plus au petit déj « Strasbourg les pompiers ont découvert un corps dans un entrepôt désaffecté du Port du Rhin cette nuit vers 23h35. Une enquête est en cours. »

Voilà de quoi commencer la journée …

La vague de froid a frappé fort cet hiver, et amène son lot de morts avec 5-6 décès depuis le début de semaine. Strasbourg n’est pas épargnée ; a ajouter, un encart dans la DNA de lundi informant d’un décès sans doute suite à une hypothermie, d’un homme de la cinquantaine qui était installé sous un pont près de la rue Kablé. La description pouvant correspondre à Jean Luc K. mais l’identité de ces deux dernières victimes est encore à confirmer à l’heure où je vous écris. Juste de quoi être inquiet et de chercher qui, de courir partout en posant des questions. Mais avec ce froid tout le monde se planque. Il faut attendre.

Les médias semblent relayer les décès et font leurs traditionnel sujet entre indignation et moyens mis en place par l’état pour le plan hivernal. Localement FR3 alsace a fait un reportage au CAHM, et les DNA un article sur « action froid » article plutôt sympa pour eux d’ailleurs (action de bénévolat, sans financement hors dons, ouverte à toute les confessions et bonne volonté,…). Bref, toutes les polémiques à leur sujet sont miraculeusement balayées. On a cherché à savoir si d’autres personnes ou associations ont été contacté, en vain.

En espérant que l’hécatombe en cours s’arrête là, et qu’au moins leurs morts aura permis d’ouvrir les yeux.. !

Sur ce bonne dernière journée de l’année tout de même !

RAPPEL : le 26 août sortait une étude épidémiologique sur les décès (en France) des personnes sans domicile : 6 730 morts entre 2008 et 2010 … soit 6 décès par jour

Publié le 8 janvier 2015 par CAL Alsace
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