Travail social : une rentrée inquiétante

Article du Collectif 789 dans le Bas-Rhin

AL Alsace tient à diffuser ce texte révélateur d’une situation politique et sociale dévastatrice. Fallait-il pour autant cautionner la politique de la purge capitaliste en évoquant des « restrictions budgétaires nécessaires » ?

Professionnels du social, les membres du collectif 789 (*) s’insurgent contre les modes actuels de politiques sociales, qui ont pour conséquence de créer davantage d’exclusion et d’incertitude chez les personnes accompagnées tout comme au sein des travailleurs sociaux.

« Les professionnels de l’action sociale sont soumis aux mêmes restrictions budgétaires que les professionnels de santé, de justice, ou d’éducation.Qu’ils soient employés directement par le service public ou indirectement, au sein d’associations non lucratives chargées de missions de service public, ils connaissent, comme d’autres agents, des coupes budgétaires importantes (réduction budgétaire de 10 à 30 % ; non-remplacement des départs en retraite, départs volontaires et arrêts ; gel des postes) ; mais aussi un management public nouveau, qui induit une gestion brutale des relations humaines et des rapports de travail : manque de concertation, pressions. En Alsace, cela s’est traduit par des changements brusques d’une politique ou d’un projet d’établissement. L’embauche de directeurs choisis dans le secteur de l’industrie, préférés à des cadres issus du social, et méconnaissant les exigences du travail éducatif a conduit à l’application au secteur éducatif et social de pratiques issues du management industriel : primes de restructurations, évaluation, obligation de résultat comptable, contrats précaires… sans compter, comme dans de nombreux domaines, la surcharge administrative. Tout ceci éloigne les cadres du terrain, et de leur mission première : l’humain.

Autant d’éléments qui ont contribué, dans le milieu, à créer un climat délétère et des ambiances de travail marquées par les tensions. Les professionnels de ce secteur se sentent fatigués ou excédés, inquiets quant au sens de leur travail et aux effets de ces orientations sur les personnes – enfants et adultes en situation difficile, qu’ils ont la responsabilité d’éduquer, d’accompagner.

Les choix budgétaires de court terme conduisent à démanteler des savoir-faire élaborés durant des années et rendent, par exemple, impossibles les actions préventives d’éducation… Sans équipes stables, pas de sécurité pour les usagers. Sans travail d’équipe relativement stable, sans continuité des soins ou de la prise en charge, pas de « bonnes pratiques », de « bientraitance » et de « sécurité pour les usagers », comme le prônent les termes lénifiants de rigueur dans les administrations. Parmi les risques : celui d’aggraver, par des interventions non maîtrisées, l’insécurité des personnes en souffrance, mais aussi de livrer à eux-mêmes des enfants et des jeunes insuffisamment ou mal accompagnés. Et au final, de ne pas répondre aux besoins de personnes dont les droits sont gravement menacés, alors même que leur devenir est rendu plus problématique dans un contexte de crise et de pauvreté croissant…

Ces constats conduisent les membres du collectif 789 à faire appel aux pouvoirs publics, aux associations du secteur éducatif et social, aux professionnels du secteur, aux centres de formation en travail social pour défendre un sens de l’engagement social selon les principes de la solidarité. Les restrictions budgétaires nécessaires ne doivent pas signifier casse systématique des capacités d’initiative et d’autonomie des travailleurs sociaux. La créativité et l’énergie de ces équipes sont d’autant plus nécessaires pour ne pas renoncer, dans le contexte actuel, aux missions de protection et d’éducation auxquelles les plus fragilisés d’entre nous ont droit , constitutionnellement. »

(*) Pour le collectif 789 : Karin Levi, Jacqueline Maury, Léo Holfert, Rudi Wagner, Stéphane Mourlam. collectif789@gmail.com

Publié le 15 octobre 2014 par CAL Alsace
1644 visites