Grève à la SNCF

Cheminots : Ne nous trompons pas d’aiguillage

Deux dossiers rythment l’actualité sociale dans le secteur ferroviaire  : une loi est en préparation et des négociations s’annoncent autour d’une future convention collective du secteur.

La loi sur l’organisation du système ferroviaire doit être soumise à l’Assemblée nationale mi-juin et au Sénat début juillet, alors que se préparent les négociations d’une future convention collective nationale d’une branche ferroviaire dont les contours ne sont pas déterminés.

Sans surprise, deux logiques s’affrontent  : le patronat et le gouvernement veulent accentuer les privatisations et la sous-traitance, renforcer le dumping social, dégager toujours plus de profits pour les actionnaires des entreprises privées ; les salarié-e-s et la majorité des organisations syndicales réclament des moyens supplémentaires pour un service public ferroviaire renforcé et l’alignement des droits sociaux et de la réglementation du travail de tous les salarié-e-s du secteur sur ce qui a été acquis par plus d’un siècle de lutte des cheminots et cheminotes.

Petit retour historique

En 1997, la SNCF a été divisée en deux  : une entreprise de transport ferroviaire gardait ce nom, tandis que la gestion des infrastructures ferroviaires était confiée à une entreprise inventée pour cela, Réseau ferré de France (RFF). Le gouvernement Chirac se vengeait des cheminots et cheminotes à l’origine de la grève de décembre 1995, en éclatant les collectifs de travail et organisait la poursuite du dépeçage de l’entreprise publique pour laisser plus de place au privé.

Cette loi était confirmée par le gouvernement PS/PCF/Verts dont le ministre des Transports était Jean-Claude Gayssot (PCF). Durant quinze ans, en dehors de la CFDT dans les premières années  [1], de la CGT il y a peu, de SUD-Rail dans la durée, le consensus s’est fait sur l’acceptation de ce stupide éclatement du système ferroviaire, aux conséquences pourtant indéniables y compris en termes d’efficacité et de sécurité.

Aujourd’hui, le gouvernement essaie de «  vendre  » son projet de loi en mettant en avant la réunification de RFF et SNCF au sein d’un même « groupe public ». En réalité, il démembre encore plus le service public ferroviaire en créant trois établissements publics, industriels et commerciaux (Epic), là où il n’y en avait que deux (SNCF et RFF). Surtout, il renforce l’ex-RFF qui ponctionnera encore plus l’entreprise de transport ferroviaire publique renommée SNCF-Mobilités  [2], de plus en plus diluée dans un vaste groupe capitalistique de transport et de logistique qui privatise dans tous les continents à travers ses innombrables filiales  !

La loi ferroviaire, soumise au Parlement, organise la privatisation du transport ferroviaire de voyageurs, après celle du fret mise en place sous un précédent gouvernement «  de gauche  ».

Plate-forme revendicative

Si la CFDT a fait le choix d’accompagner les décisions gouvernementales et patronales, CGT, Unsa et SUD-Rail, qui représentent plus de 70 % des voix aux récentes élections professionnelles, ont établi en février une plate-forme revendicative unitaire pour imposer la voix des cheminotes et des cheminots dans les discussions. Sur la forme, son contenu reflète le compromis nécessaire pour recueillir l’appui des trois organisations syndicales ; sur le fond, cette plate-forme unitaire est sans concession et affirme des principes et revendications offensifs. Surtout, elle permet aux collectifs militants locaux d’organiser l’unité syndicale à la base et dans le prolongement d’un accord intersyndical national qui donne confiance aux salarié-e-s.

Égalité pour toutes et tous les salarié-e-s

Parallèlement, des négociations pour la mise en place d’une convention collective nationale (CCN) ont débuté  ; elles n’en sont qu’aux balbutiements mais déjà un sujet majeur fait apparaître les stratégies différentes, c’est celui du champ couvert par cette future CCN. Logiquement, le patronat est pour un champ le plus restreint possible, celui définit par le projet de loi ferroviaire qui se limite aux entreprises de transport ferroviaire  : unifier les conditions de travail et de rémunération des salarié-e-s, ça ne les intéresse pas  ; au contraire, la division les sert  !

Mais du côté syndical, les choses ne sont pas simples.

SUD-Rail revendique «  un même statut et les mêmes droits pour tous les travailleurs et les travailleuses du secteur ferroviaire, en se basant sur le statut et la réglementation SNCF qu’il faut améliorer  ».

Avec quelques variantes, les autres fédérations syndicales refusent d’englober dans cette CCN les travailleurs et travailleuses de la sous-traitance (restauration ferroviaire, nettoyage, services en gares, etc.). Unifier tous les salarié-e-s du secteur ferroviaire dans la revendication et la lutte pour des droits améliorés et égaux pour toutes et tous est pourtant un enjeu majeur !

Il est scandaleux que dans certaines organisations priment une non-remise en cause de baronnies fédérales (à l’exemple des «  ports et docks  » qui continuent à s’accaparer la quasi-totalité des syndiqué-e-s CGT-nettoyage, mais ce n’est pas le seul point de blocage).

Du côté de SUD-Rail, si la revendication est juste, sa traduction en actes est difficile  : beaucoup d’équipes locales, constituées très majoritairement de cheminotes et cheminots de la SNCF, ignorent le travail syndical vers les salarié-e-s des très nombreuses entreprises privées du secteur, ce qui affaiblit considérablement la capacité d’action.

Autogérons nos luttes ! Le 22 mai au matin, nous étions des centaines à occuper le siège de la SNCF, puis la manifestation nationale organisée par CGT, Unsa et SUD-Rail a rassemblé environ 15 000 cheminots dans les rues de Paris, avec une forte majorité CGT. Dès le début mai, la question des suites à donner à cette manifestation était posée.

Pour la fédération SUD-Rail et plusieurs syndicats CGT, ce doit être une grève nationale reconductible avant que la loi ne soit débattue à l’Assemblée nationale. Dépasser le stade de la protestation pour construire un mouvement revendicatif offensif, voilà l’enjeu et les syndicalistes révolutionnaires ont la responsabilité de s’y atteler.

Prenons nos affaires en mains, utilisons les outils que sont les syndicats, organisons des assemblées générales pour discuter et décider ensemble, faisons l’unité à la base pour l’imposer aux fédérations qui la refusent : reprenons l’offensive !

Des travailleurs et travailleuses du secteur ferroviaire d’AL

[1] La CFDT-Cheminots est alors encore animée par «  la gauche CFDT  » dont les membres rejoindront la CGT ou SUD-Rail en 2003.

[2] De 1997 à 2013, la SNCF a versé à RFF 39,88 milliards d’euros en péages, pour faire rouler ses trains sur les voies construites par les cheminots ! Sous l’impulsion de Guillaume Pépy, le fonctionnement en activités (fret, grandes lignes, TER, gares, etc.) toujours plus autonomes et la multiplication des filiales de droit privé est devenu la règle (252 filiales  !)

Lire aussi le tract des cheminots d’AL, sorti pendant la grève : SNCF : Nous sommes en grève, et c’est pour gagner

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Publié le 17 juin 2014 par CAL Alsace
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