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Bulletin d’info d’Alternative libertaire - Alsace n°46 - juin 2014

Rien à voir avec la fatalité

L’assassinat il y a un an de Clément Méric a brutalement rappelé au plus grand nombre l’existence de la violence d’extrême droite. Si sa perte a provoqué un sursaut antifasciste, le recul de ce qu’il combattait attend encore. Manifestations homophobes des réactionnaires, xénophobie décomplexée, antisémitisme à peine voilé de Dieudonné et Soral soit-disant en lutte contre le mondialisme, attaques contre l’éducation à l’égalité entre les genres, droit à l’avortement contesté, expulsion en masse d’étrangers, mise en scène de la délinquance dans les « quartiers », islam fantasmé, Roms pourchassés, la liste s’est enrichie depuis le 5 juin 2013. Et en mai dernier, c’est le FN qui est arrivé en tête lors des élections européennes.

Faiblesse capitale

Version édulcorée de l’idée d’une nation ou d’une race purifiée, la préférence nationale s’épanouit au milieu d’une réalité socio-économique qui fait mal, encore plus en bas de l’échelle. Le PS fait avaler de la responsabilité en pacte (avec celui de croissance), de l’accord interprofessionnel contre le droit du travail ; d’une purge à l’autre, on est loin de la remise en cause du capitalisme. La machine à voler tourne à fond, celle qui vous parle de traité transatlantique, d’adaptation au marché mondial, de liberté d’exploiter en somme. Crise, austérité : au choix. La démocratie républicaine qui se chiffre au produit intérieur brut vacille logiquement sous les coups de l’abstention. Comment convaincre tandis que la promesse électorale a la même valeur que le papier du bulletin dans l’urne ? Leurs pactes sont autant de reculs populaires et de victoires pour les faux protecteurs, les gourous de l’inégalité, de l’identité ancestrale et exclusive.

Promotion nationale pour produits avariés

Il est possible de mettre cela sur le compte de la détresse, de la rage. Le fait est que depuis plus de 30 ans, les crises à répétition, il est devenu banal d’affubler les différences de tous les maux. On trouve toujours un pas-pareil, un plus faible, le bouc émissaire reste une valeur sûre pour détourner l’attention. Les pauvres frauderaient, les migrants rendus illégaux profiteraient, la jeunesse non blanche serait violente, les Roms voleraient, les salariés ne seraient jamais assez malléables et jetables, le FN est donc l’attraction médiatique numéro 1 en période électorale…une séquence pas tout à fait nouvelle. La préférence nationale devenue communautaire agit, un emploi sur 5 est interdit aux étrangers de l’UE, le racisme d’Etat fabrique des réalités. 14 villes conquises lors des élections municipales, des centaines de conseillers, une grosse vingtaine d’élus européens, chiffres qui sans être exceptionnels restent mauvais. Le produit est vendeur et simpliste, l’UMP se voit bien racheter la marque. En plus le marketing bien lissé performe, mais derrière l’emballage : l’exhausteur de goût fasciste en dose toxique. Le rassemblement Bleu Marine adapte les ingrédients mais il y a toujours de l’identitaire, du vieux national-révolutionnaire, du vrai raciste colonialiste. Dur de masquer le parfum d’un projet politique contre l’émancipation démocratique, l’évolution égalitaire, la fin de l’exploitation sous toutes ses formes. L’argent attirant l’argent comme le veut le prétendu bon sens capitaliste, tous ces élus génèrent de nouveaux fonds, de nouvelles possibilités de propagande, de nouvelles vocations, la croissance rance s’entretient.

Europe en solde

Si seulement tout ça n’avait lieu qu’ici, on pourrait croire à un mauvais moment à passer. Mais au Danemark, en Suisse, en Autriche, en Hongrie, en Italie, en Finlande, en Norvège, existent de nombreuses similitudes. Si seulement Aube Dorée n’assumait pas ouvertement sa vénération pour le nazisme dans une Grèce mise au ban. Ces populations sont-elles toutes dans la détresse ? Il faut dire que la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) ne fait pas vraiment dans le social, son habileté est grande pour développer les frontières intérieures, la compétition autour du dogme de la dette fardeau. Le nord contre le sud, le communautaire contre l’autochtone, le travailleur d’ici contre celui de là-bas, les appareils étatiques soignent les divisions, puisqu’il n’y aurait plus de lutte des classes mais une simple lutte des places pour la survie individuelle. Le système capitaliste ne serait que création, innovation et potentiel à affirmer. En plus de la détresse et de la fabrique du consentement, nous constatons bien une adhésion massive.

L’alternative : potions antifascistes naturelles et huile de coude

Ne laisser personne s’occuper de la société à votre place. Si vous croisez du « jour de colère », de la « journée de retrait de l’école », de la « Manif pour tous » : opposition franche et démontage des rumeurs. Agir pour que la coalition des droites n’arrive pas à maturation. Ne pas laisser passer les actes d’homophobie. Défendre le droit à l’avortement, une conquête fragile d’autant plus que l’Etat s’acharne à casser le service public de santé, combattre les dites associations « pour la vie ». Ne pas accepter que les migrants soient traités comme une sous-humanité, le financement par l’UE des noyades en Méditerranée, la poursuite des guerres de sécurisation des ressources pour le Grand Marché : solidarité internationale ! Régularisation de tous les sans-papiers et liberté de circulation. Un antifascisme transversal, grand format ! Avec de la lutte des classes à l’intérieur en lien avec les autres luttes d’émancipation. Ne pas accepter la répression des grèves et luttes sociales, des syndicalistes, celle systématique des habitants des quartiers populaires, les tabassages sous prétexte de provocation, condamner la justice de classe, sa politique carcérale, défendre le droit de manifester, n’accepter aucun recul démocratique. L’analyse politique, la vigilance et la recherche d’informations sur l’extrême droite, la base de l’antifascisme. Ne pas leur laisser la rue !

Notre recette spéciale : un projet alternatif de société fédéraliste, solidaire, autogestionnaire, libertaire ! Avec ses ingrédients concoctons nos propres contre-poisons collectifs.

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Publié le 8 juin 2014 par CAL Alsace
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