Bulletin mensuel d’Alternative libertaire Alsace n°42, avril 2013

Education : ne Peillon pas le prix de l’austérité socialiste !

Lors de son élection en mai 2012, le président « socialiste » François Hollande avait placé l’éducation au cœur de son projet, choisissant notamment le sémillant ministre Vincent Peillon comme numéro 2 du gouvernement. Après 5 ans d’une politique systématique de destruction du service public d’éducation, les attentes des divers acteurs étaient très élevées. Mais au-delà des effets d’annonce et des fausses promesses, force est de constater que dans ce domaine comme dans d’autres la déception est grande. Face aux reculades du gouvernement, il est temps d’amplifier les luttes dans l’éducation pour améliorer les conditions de travail des enseignants et des élèves.

Rythmes scolaires : travailler plus dès le primaire

Avec sa réforme phare des rythmes scolaires en primaire, le nouveau ministre a voulu frapper un grand coup. Sur le fond, les journées de classe déjà très chargées des élèves français ne seront en rien allégées : ils devront se lever un jour de plus dans la semaine et leur temps passé à l’école augmentera de trois heures par semaine. De plus, cette réforme entérine la territorialisation de l’éducation en laissant aux municipalités des responsabilités étendues : elles pourront notamment déterminer en partie les heures de travail des enseignants. La logique sous-jacente est celle d’un désengagement de l’État et d’un accroissement des inégalités entre régions ou villes riches et les territoires moins favorisés. Sur la forme, ce projet de loi a été concocté sans aucune consultation des premiers concernés : les enseignants et les parents d’élèves. Une preuve de plus que ce gouvernement n’est pas plus démocratique que les précédents…

Enseigner, résister

Face à ces contre-réformes, la résistance s’organise avec plusieurs journées de grève très suivies par les enseignants du primaire, le 22 janvier, le 12 mars et dans une moindre mesure le 28 mars. Malheureusement, les organisations syndicales majoritaires, notamment le SGEN-CFDT, l’UNSA et la FSU ont refusé d’entrer dans une logique de construction d’un véritable rapport de force avec le gouvernement. Peut-être ont-ils été convaincus par le sourire charmeur de Peillon, ou alors ils attendent une quelconque rétribution pour leur refus de participer aux mobilisations. Toujours est-il qu’à la base les enseignants sont mobilisés : la fausse journée du 6 avril organisée par la seule FSU ne fait que diviser les personnels à travers une initiative isolée et sans perspective. Face aux attaques sur le service public d’éducation, il est temps de s’organiser et de combattre efficacement !

Ecoles, facs : même combat !

A l’université, c’est la même logique qui est à l’œuvre. On le sait, la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (dite LRU) imposée en force par Sarkozy et sa ministre Pécresse avait introduit une soi-disant autonomie des universités, la gestion en particulier financière des établissements étant laissée aux présidents d’universités. Le nouveau projet de loi dit Fioraso, du nom de la nouvelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, ne revient pas sur la LRU, au contraire il l’amplifie ! Il accentue les disparités régionales entre grandes et petites universités, ouvrant ainsi la voie à des diplômes régionaux dont la valeur dépendra de l’établissement dans lequel ils ont été délivrés.

Ce projet de loi renforce également la « présidentialisation » du fonctionnement des universités, affaiblissant la démocratie interne et donnant au président et à son équipe des pouvoirs étendus. La logique d’ « évaluation » sur la seule base de résultats sonnants et trébuchants perpétue le climat de terreur instauré par la LRU : les enseignants et les chercheurs passent plus de temps à se justifier face à leur hiérarchie qu’à enseigner ou à chercher… Du côté des étudiants, c’est l’offre de formation, trop coûteuse, qui va être drastiquement réduite. Et enfin c’est la formation des futurs enseignants, assurée à l’université, qui est également réduite à peau de chagrin : autant préparer dès aujourd’hui les profs aux conditions terribles qui les attendent dans les collèges et lycées de France.

Face à la précarisation des enseignants et de personnels de l’éducation nationale, face à la destruction programmée du service public d’éducation, il est temps de réaffirmer notre volonté de fonder une école véritablement émancipatrice, dans le primaire, le secondaire et le supérieur !

Publié le 18 avril 2013 par CAL Alsace
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