Pour des fronts anticapitalistes

ANI (accord national interprofessionnel) là, dette partout, régression des conditions économiques, sociales, politiques depuis des dizaines d’années, l’exploitation globalisée fait système. Ici même, au sein de l’opulente Strasbourg, la gestion de la ville donne la part belle aux riches programmes immobiliers, au profit de grandes entreprises et des classes supérieures. Côté démocratie libérale, on assiste à une parodie d’élection pour adapter l’Alsace à la compétition capitaliste. Crise ou pas, pied au plancher, il faut que la majorité non possédante paie la dette au prix fort. Côté circonstances de vie, la précarité non choisie devient l’horizon général et pas besoin d’être clairvoyant pour constater que la survie est de plus en plus chère, que le nombre de laissés sur le carreau augmente. ANI donc mais pas de réveil suffisant de la population concernée par ce qui ressemble fort à un pas supplémentaire vers la servitude complète à la loi du marché. Quel stade de destruction faut-il atteindre pour qu’une vraie résistance ait lieu, pour qu’une réelle alternative existe ? Quelle démonstration supplémentaire faut-il après ces 5 dernières années de flirt avec l’abîme du crash généralisé ? Ces questions ne sont pas seulement les nôtres et Alternative Libertaire n’est pas seule depuis 2008 dans sa volonté de conjuguer les efforts anticapitalistes pour qu’ils génèrent plus que l’addition des affinités particulières, des partis pris. Ne nous le cachons pas, il y a beaucoup à dire sur l’écart entre la situation historique vécue et l’état de la réponse ici. Comment rassembler au-delà de la difficulté à construire les mobilisations sociales nécessaires face à l’addition des renoncements ou défaites récurrentes ? Nous ne prétendons pas posséder la promesse miracle, laissons les fausses étiquettes au pouvoir en place.

Partons du besoin d’une autre logique, partons de la conviction qu’une révolution par les urnes est illusoire. Partons de la nécessité de combattre le capitalisme par des luttes autonomes et démocratiques. Front de classe, front de lutte, front de résistance, le nom compte bien moins que l’envie d’en sortir collectivement. A Toulouse, à Nantes, dans plusieurs villes du pays, des fronts anticapitalistes sont actifs, se construisent, ailleurs les premières discussions ont eu lieu, comme à Metz.

Logement, écosystèmes, éducation, travail, vie privée, intimité, santé, nourriture, il n’est pas question ici de faire le long inventaire des domaines soumis à la pression globale de la logique du profit et son lot de discriminations et d’inégalités, de même nous ne ferons pas la liste des étiquettes du mouvement social et politique. Nous défendons et militons principalement pour une rupture avec le capitalisme, la socialisation des moyens de production, une société sans classes et sans Etat fondée sur l’autogestion socialiste, l’égalité réelle des hommes et des femmes, la liberté et la démocratie directe.

A partir de cette intention, de notre travail politique, AL Lorraine et AL Alsace soutiendront et s’impliqueront dans toute démarche unitaire suffisamment souple pour que des syndicalistes, des militants politiques, des militants associatifs ou simplement des individus intéressés trouvent un lieu, un espace, une organisation, afin que les participants réalisent plus que la simple addition des luttes et organisations les faisant vivre, aussi justifiées et salutaires soient-elles. L’enjeu est simple et difficile, échanger nos informations, nos expériences, nos moyens, construire des mobilisations communes, un outil où chaque partie quelle que soit sa zone d’influence fait avancer ce qui nous rassemble : la volonté de justice et de transformation sociale hors des illusions réformistes et la plus néfaste d’entre elles, la conquête du pouvoir par le haut. De là quelle que soit la spécialité, la lutte de chaque volontaire, rien ne nous empêche vraiment de faire fonctionner une forme collective où l’on pourra faire place à un vrai souci d’éducation populaire, de solidarité, de partage des moyens, de construction des luttes. Nous appelons donc tous nos soutiens, sympathisants, nos connaissances à soutenir, à participer à cette nouvelle démarche collective sous l’impulsion de la CNT en Lorraine.

Ci-dessous l’appel CNT lancé lors de la première réunion messine :

En mai dernier, le Parti Socialiste a repris les rênes du pouvoir. Beaucoup s’attendaient à un changement de politique en faveur du monde du travail qui ne cesse de subir la crise capitaliste. Licenciements massifs et fermetures de sites (Arcelor, PSA, Renault, Fralib, etc.), baisse de salaires et précarité accrue conjuguées à une détérioration rapide des conditions de travail, chantage à l’emploi exercé par le patronat à l’endroit des organisations syndicales et des salarié-e-s sont plus que jamais d’actualité. Pire, ces pratiques et politiques sont dorénavant appliquées avec zèle. Le patronat, dans la lutte des classes, est bel et bien aujourd’hui à l’initiative et rien ne vient perturber sa stratégie de « refondation sociale ». Quant aux travailleurs et travailleuses, ils attendent toujours la loi contre les licenciements des entreprises faisant des profits promise par François HOLLANDE durant la campagne présidentielle. Le délégué CGT Goodyear d’Amiens l’a encore récemment rappelé. Nous en sommes à l’heure des trahisons. Edouard MARTIN, délégué CFDT, peut en témoigner, obligé de s’enchaîner aux portes de Matignon pour être entendu. Comme sous l’UMP et Sarkozy, la réponse fut policière. Qu’il est loin le temps de la campagne électorale et des belles paroles. Dans le même temps et corrélativement à ce désastre social, on assiste à une continuité des politiques répressives à l’endroit des chômeurs, des précaires et des pauvres en général. Jamais le pays n’a connu un nombre si important de travailleurs pauvres et de pauvres sans travail. Les pressions à Pôle Emploi (avec les radiations), les temps partiels imposés, les brimades et actes de répression en tout genre, etc. sont légions. La hausse du coût de la vie est exponentiel : loyers, nourriture, santé, gaz, électricité, transports… tous les besoins élémentaires sont en constante augmentation. Les classes populaires n’arrivent plus à s’en sortir et la paupérisation est généralisée. De plus, les politiques énergétiques et agricoles actuelles sont en passe de détruire la planète. Entre le tout nucléaire, le gaz de schiste, les pesticides, les OGM, l’agriculture et l’élevage intensifs, les monopoles des semenciers, tout est fait pour favoriser le grand capital au détriment de politiques solidaires et écologiques. Enfin, les minorités sont toujours stigmatisées. Les reculs du gouvernement dans le cadre du mariage pour tous, notamment concernant le droit à l’adoption et la Procréation Médicalement Assistée, ou encore sur les politiques migratoires qui frappent encore et toujours plus les sans papiers, les Roms et les étrangers en général sont là pour nous démontrer le manque de courage politique manifeste de ce gouvernent. De cette situation, où l’argent coule à flot afin de financer les avions et missiles de Dassault au Mali, c’est l’extrême droite xénophobe et populiste qui a l’avantage, réussissant à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas : un courant politique au service des classes populaires et de leurs intérêts. L’islamophobie qu’elle véhicule tend à inonder l’ensemble de la société. Le racisme est de plus en plus latent et violent. Nous devons combattre sans compromission tous ceux et toutes celles qui divisent notre classe sociale entre français et étrangers. De ce triste constat et dans ce contexte, la CNT estime urgent une riposte unitaire de toutes les organisations syndicales, politiques et associatives qui, dans une logique de transformation sociale démocratique, anticapitaliste et internationaliste, s’opposent aux politiques d’austérité, au racisme et à la destruction de tous les droits sociaux. Elle appelle tous les collectifs militants à dépasser, à la base, les logiques sectaires et bureaucratiques qui n’ont de cesse d’affaiblir les dynamiques de luttes. D’ailleurs ces dernières ne sont pas rares. Partout les résistances existent. De PSA d’Aulnay Sous Bois aux Fralib de Marseille, des écolos radicaux de Notre-Dame-des-Landes aux ouvriers de Florange, des salarié-e-s de l’Éducation Nationale de la Région Parisienne ou de l’ensemble de la fonction publique à ces milliers de travailleurs ou de travailleuses du privé, rarement dans l’Histoire les points de conflits et de résistances englobant une telle somme et diversité de questions sociales, dans une période de bouleversement sociaux et politiques couplés à une crise économique mondiale aiguë, ne sont apparus.

La responsabilité de tous ceux et toutes celles oeuvrant pour la justice sociale de faire l’unité dans la rue est devant nous, immédiate, urgente si ce n’est vitale. Au delà d’une stricte opposition sémantique dans les instances représentatives , nous devons gagner par la lutte des embauches, des hausses de salaires, la régularisation de tous les sans papiers, l’amnistie pour les militant-e-s du mouvement social, l’amélioration des conditions de travail, d’études, de logement et de santé, et construire à terme un autre projet de société pour un autre futur.

C’est dans la perspective d’amplifier les luttes en débattant et créant les possibilités de convergences que la CNT appelle

– toutes les sections syndicales et syndicats d’industries, des simples adhérent-e-s à ceux et celles assumant des responsabilités au sein des organisations et des instances représentatives du personnel ;

– tous les collectifs de luttes populaires qui luttent ici contre une fermeture de service public, là pour l’égalité des droits ou là-bas encore pour la régularisation des sans papiers ;

– toutes les associations d’Éducation Populaire, qui développent les savoirs et l’émancipation des classes populaires et subissent aux quotidiens les conséquences des politiques de coupes budgétaires ;

– toutes les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne et les différentes coopératives qui militent au quotidien pour une vision différente de l’agriculture et des échanges au même titre que les structures qui placent au coeur de leurs réflexions et actions politiques l’écologie et la décroissance ;

– toutes les organisations politiques allant de la gauche radicale anti-autoritaire aux libertaires, et qui oeuvrent au quotidien pour la démocratie à la base, la justice sociale, l’égalité des droits et les libertés individuelles et collectives.

Publié le 8 avril 2013 par CAL Alsace
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