La droite en famille et l’homophobie

Si c’est pour les enfants…

Le candidat Hollande et le PS s’engageaient, pendant la campagne présidentielle, à établir l’égalité des droits devant le mariage, pour tous.

L’élection passée, le Parti Socialiste au pouvoir fut pris d’hésitations sur la question de l’adoption pour les couples homosexuels, les forces politiques les plus conservatrices se mobilisent pour combattre le projet de loi malgré son caractère minimaliste à nos yeux. Déjà voté par les ministres, il sera discuté en janvier 2013 par les députés.

La rentrée venue et dans près d’une centaine de villes, des manifestations, rassemblements, conférences et réunions ont eu lieu contre cette ouverture timide. A croire que le PS ménage les plus réfractaires lorsqu’ Hollande accouche d’un « droit de conscience des maires », ce que ne manque pas d’utiliser l’Alliance Vita pour justifier l’appel à la grande manifestation homophobe du 13 janvier 2013.

Vita, création datant de 1993, de Christine Boutin fervente catholique de l’UMP, se lève contre le mensonge aux enfants, selon le slogan diffusé partout le 23 octobre, la présence d’un mâle et d’une femelle pour l’éducation des portées est obligatoire. La famille hétérosexuelle traditionnelle ou rien. De magnifiques costumes d’oiseaux, un plan média conséquent, ces adeptes souvent tout de blanc vêtus, forment la partie la plus maternelle de la contestation, pétrie de charité chrétienne. Mine de rien Vita se prétend sans confession et cherche à se démarquer de Civitas pour mieux mobiliser. Dans le même élan altruiste, les Associations familiales catholiques du Bas-Rhin furent représentées dans les mobilisations Vita avant de tenir conférence le 29 novembre à Strasbourg.

Les exaltations religieuses se rejoignent comme les slogans, celui des AFC 67 possède un amour de la biosphère plus affiché : « Oui au mariage écolo, non au mariage homo, respectons la nature, respectons les enfants ». L’urgence des écosystèmes incite ses braves pèlerins à tracter, pétitionner et à soutenir Frédéric Reiss, un député contre le mariage homosexuel et maire UMP de Niederbronn dans la circonscription de Wissembourg.

Civitas, proche de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, a eu l’occasion de marteler son « non au « mariage homosexuel » », son « non à l’adoption d’enfants par les homos » et de souligner sa perception d’une famille sacrée à Strasbourg, lors d’un meeting le 28 novembre mené par son président Alain Escada. Leur homophobie s’appuie sur un modèle hétérosexuel que la biologie et l’anthropologie confirmeraient pour « assurer la pérennité de la société et du pays ». Acharnés à prévoir une décadence fatale si la loi passait, contre l’« l’homopholie », ils rassemblent derrière eux des membres de l’Action Française, du Parti de la France, du Renouveau Français, de Renaissance catholique, de l’Alliance Royaliste, du GUD, du Bloc Identitaire et du FN. On dirait un catalogue de revue antifasciste. Créé en 1999, l’institut se définit comme un « mouvement politique inspiré par le droit naturel et la doctrine sociale de l’Eglise et regroupant des laïcs catholiques engagés dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier ». L’époque serait à la reconquête d’espaces pour les chrétiens dans les institutions et si possible dans les entreprises par l’entremise de son réseau de cadres et patrons. Avec les vents contraires des affaires de pédophilie, de la corruption dans les affaires financières de l’Eglise, de la baisse constante du nombre de catholiques en France, Civitas se fait fort de rechristianiser la société. Son président, cadre de l’extrême droite francophone en Belgique, fut porte-parole en 1996 du FN de Belgique, créateur de l’association Belgique et Chrétienté et du seul hebdomadaire de l’extrême droite francophone en Belgique : Polémique. Info, avant de prendre la présidence de Civitas cette année. Des candidatures de l’institut aux municipales de 2014 seraient prévues. Escada n’est pas seul puisque le numéro deux de Civitas, Jean-Claude Philipot, fut délégué de Dies Irae, un groupe de l’extrême droite catholique. Le droit de vote des étrangers est une cible, après des manifestations et des prières de rue en 2011 contre 2 pièces de théâtre accusées de christianophobie. « Christianophobie en Orient…mais aussi en Occident », une alerte Civitas, a recueilli la signature d’environ 50 parlementaires, la plupart de l’UMP et de son club la Droite populaire. Lors de la mobilisation Civitas contre les pièces de théâtre (AL n°211), le Renouveau Français et l’Action Française menaient des actions d’agitation.

A côté mais pas avec, Bernard Antony, la star FN du traditionalisme catholique français appelle à une marche nationale « à contre-courant » pour le 20 janvier 2013 avec l’AGRIF, SOS la vie, Rivages, SOS Tout-petits, la Trêve de Dieu, Laissez-les vivre, Renaissance Catholique et d’autres.

L’impression de totalité du spectre familial de l’ordre patriarcal est saisissante. L’Eglise catholique est à l’offensive, un soutien incontournable pour ces mouvements d’automne. Elle n’est pas seule, des responsables d’autres religions connues peuvent rejoindre ou approcher les positions rétrogrades et punitives mises en circulation. L’Eglise a sonné le tocsin, souriant aux croisés comme monseigneur Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Soucieux de ne pas voir le mariage chrétien et hétéro prendre ombrage d’autres formes d’unions, il soutient l’appel à manifester d’Antony. Et puis tout le monde va dans le même sens, on se serre les coudes. Monseigneur Bagnard, évêque, soutien de la mobilisation Civitas, écrit à monsieur Escada, le chef de Civitas : Cher Monsieur, Merci de m’avoir prévenu de cette grande manifestation. Soyez sûr que je suis avec vous dans cette défense du mariage et de la famille. Je suis désormais évêque émérite et je n’ai plus de responsabilité autre que celle de prêcher des retraites à des prêtres et de donner des cours. Croyez à toute mon amitié et à ma prière. Bien à vous, cordialement. Mgr Bagnard.

Un de nos curés locaux, le père Rakoto (communauté des paroisses catholiques de la porte nord de Strasbourg), établit la menace nazie dans le camp d’en face, par d’endiablées prises de position en octobre. Sa comparaison entre la société française et l’Allemagne nazie contient autre chose qu’un simple « reductio ad hitlerum ». Des choses seraient autorisées, progrès abusifs nous conduisant droit dans une perdition à l’allemande avec son lot de monstruosités. Il en va de la « dignité intangible et sacrée » de l’humanité. Citons Benoît XVI : « Lorsqu’on est confronté à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles, ou au fait d’assimiler juridiquement les unions homosexuelles au mariage, leur donnant accès aux droits qui sont propres à ce dernier, on doit s’y opposer de manière claire et incisive ». Le Docteur Jean-Pierre DICKES, Président de l’Association Catholique des Infirmières, Médecins et Professionnels de Santé, s’inquiétait en octobre de l’adoption possible d’enfants par des couples non hétéros, porteurs de trop nombreuses maladies en recrudescence, pratiquant un mode vie instable, une vision pour le moins cliniquement hostile. En soutien, la droite déballe ses déclarations avec les mêmes insultes. Les stimulantes primaires UMP incluses, on entend beaucoup d’anciens jeunes exaltés de l’extrême droite à l’instar de monsieur Longuet. Quelle belle famille !

Avec toutes ses voix pour défendre le modèle de la famille traditionnelle, explosé depuis longtemps (voir la réponse de Virginie Despentes aux déclarations de Jospin), c’est à se demander si la mission des croyants contre l’homoparentalité ne serait pas un cache-misère. Les normes ne sont jamais des obligations naturelles, le modèle défendu c’est l’anormalité de l’homosexualité, le contrôle des choix sexuels, une domination légale et symbolique (Voir AL n°223). Et là le discours n’est pas qu’une dispute philosophique ou sexuelle, les dires confirment la violence contre la différence, l’anormalité fantasmée. La mise à l’écart suggérée et adoptée se retrouve inévitablement dans les agressions, les meurtres ; la barrière est plus facile à franchir entre l’idée et l’acte, et ce tous les jours dans ce pays malgré le progrès annoncé.

Parce que l’homophobie, le sexisme et la famille patriarcale sont générateurs de haine, de violences et d’inégalités.

Parce qu’il n’existe pas de qualités ou de défauts innés selon qu’on est de sexe masculin ou féminin.

Parce que l’amour doit être libre et sans contraintes.

Parce que l’attention et l’éducation dont un enfant a besoin ne dépendent pas du sexe de ses parents (biologiques ou sociaux).

Nous revendiquons :

L’égalité totale entre les homosexuel-e-s, bisexuel-e-s, transgenres et hétérosexuel-e-s, ainsi qu’entre les hommes et les femmes

Une éducation favorisant la liberté de choisir son orientation sexuelle, luttant contre les préjugés sexistes et homophobes

L’abolition de la différence de droits existante entre personnes mariées et non-mariées, qui permettrait l’abolition du mariage. Mais nous lutterons pour l’accès pour tous et toutes à celui-ci tant qu’il existera.

Cet article est aussi une synthèse d’informations fournies par la presse, des militants, des organisations. Ainsi que le disait une anonyme : « Et nous n’oublions pas non plus que les plus soucieux-se-s de « la protection » et de l’épanouissement des enfants sont les premier-ère-s à chasser les leurs du domicile familial quand ils s’avèrent trans, gouines ou pédés ».

Publié le 18 décembre 2012 par CAL Alsace
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