Bulletin mensuel d’Alternative libertaire Alsace n°40, novembre - décembre 2012

Strasbourg, the socialopessimist. C’est ici !

Alors que la magie de Noël enveloppe de sa douce chaleur notre charmante petite métropole européenne, le maire jette à la rue sans-abri, artistes, Roms,… des personnes dont le seul tort est d’occuper des espaces vides. Les rêves de grandeur de la municipalité socialo-euro-libéralo-démago-mégalo ne laissent plus beaucoup de place à la majorité des habitantes et des habitants.

Roland Ries aime…

Bouygues, les cadres sup et les touristes

Comme l’exige la mégalomanie ambiante, toute prétendue métropole (qui plus est prétendument européenne) doit se doter d’un quartier d’affaires digne de ce nom, avec tours de verre, architecture futuriste et tout le tintouin. A Strasbourg, le Wacken fut choisi. Un projet aussi pharaonique ne pouvait être réalisé que par une entreprise multinationale, omniprésente et omnipotente, alors Bouygues fut choisi. Le même Bouygues qui exploite sur ses chantiers, en bon négrier moderne, des migrants rendus clandestins, ce qui ne cadre pas vraiment avec l’humanité affichée de la municipalité accueillant en juillet dernier, dans ses locaux, la marche européenne des sans-papiers.

Malgré les difficultés, Roland Ries et Alain Fontanel ont fait le choix d’offrir à Bouygues près de 100 000 m² de terrains sans concertation, sans appel public à la concurrence et sans installation d’un organe pluraliste pour départager les offres. Les caisses de la CUS sont donc bien pleines pour faire un tel cadeau à une entreprise qui en tirera bon profit.

De même, le non moins titanesque projet des Deux Rives réunira sur la période 2010-2015 un investissement public de 760 millions d’euros, soit au total 1,2 MILLIARDS d’euros depuis 1997 !!! Tout ça pour héberger à 4 600€ le m² (le double de la moyenne strasbourgeoise) sur la presqu’île Malraux de malheureux cadres supérieurs.

Heureusement, Roland Ries pourra se consoler avec le sourire illuminant les visages avinés des deux millions de touristes hivernaux en espérant qu’ils dépensent sans compter toutes leurs petites économies. L’industrie de Noël ne connaît pas la crise…

Roland Ries n’aime pas…

les Roms, les squatteurs et l’alcool

Mais derrière les lumières de Noël se cache une réalité bien plus sombre. Au matin du 30 octobre, soit à peine deux jours avant la trêve hivernale, la municipalité envoie les CRS expulser de leur logement les occupants du 2, route des Romains à Koenigshoffen. Depuis six ans, sans-abris et artistes avaient pris possession de ce lieu, appartenant à la vile, qui demeurait inoccupé : ils l’ont fait vivre en développant de nombreux projets, notamment l’imprimerie associative Papier Gâchette. Ries avait promis de trouver de nouveaux locaux pour l’imprimerie, les occupants étant jugés hors-la-loi simplement pour avoir appliqué leur droit à un logement décent. Phillippe Bies a donc chargé son camarade PS Raphaël Nisand d’accueillir les artistes dans l’ancien centre de tri postal de Schiltigheim. Mais malgré toutes les promesses, Nisand s’est dédit au dernier moment, prétextant qu’il s’agissait d’un problème strasbourgeois et renvoyant ainsi à la rue les artistes et tout leur matériel. Le même sort risque fortement d’être réservé aux 111 Roms qui occupent actuellement des terrains appartenant à la CUS. Le 10 octobre, le tribunal a donné raison à la ville, et même si la municipalité PS-Verts assure vouloir privilégier le dialogue, il y a fort à parier que l’exemple du si dynamique Manuel Vals sera suivi à Strasbourg…

Mais la politique liberticide des soi-disant socialistes strasbourgeois ne s’arrête pas là. Le maire, qui fait tout pour faire de Strasbourg une ville festive pour attirer les étudiants, tient à ce que la fête soit bien encadrée : il interdit désormais la consommation d’alcool dans la rue la nuit au centre ville dans un arrêté entré en vigueur le 12 novembre. Bien sûr, ceux qui seront le plus inquiétés seront ceux qui n’ont pas d’autre lieu pour boire un coup : les SDF. Le cadre de vie de la bourgeoisie du centre-ville ne sera plus menacé, qu’on se rassure ! Plus d’alcool, des contrôles de police renforcés (pour traquer les dangereux cyclistes) et toujours plus de 320 caméras de surveillance dans la CUS… faut bien ça pour épier les 470 000 suspects et suspectes qui vivent dans cette ville !

Si certaines de ces mesures ont un caractère anecdotique, ne nous leurrons pas pour autant. Les équipes municipales actuelles ont un plan précis pour la ville dont certaines catégories d’habitants sont de plus en plus exclues : sans-abris, sans-papiers, étrangers, artistes n’ont pas leur place dans le fantasme de métropole européenne de Roland Ries et consorts. Face à ces menaces de plus en plus graves contre les libertés individuelles, le droit au logement et à l’occupation de l’espace public, nous devons nous organiser et lutter pour reprendre le contrôle de nos vies et de notre ville.

Crise du logement ?

A Strasbourg, il y a eu depuis janvier, 12 sans-abri au moins qui sont morts dans la rue (selon le collectif Les morts de la Rue http://www.mortsdelarue.org/ ). Au total, des associations qui les aident estiment à près de 1000 le nombre de personnes qui sont sans logement dans le Bas Rhin, dont la grande majorité à Strasbourg.

Pourtant, alors que la municipalité dépense des centaines de millions pour construire de nouveaux logements, il y a plus de 10 000 logements vides dans la Communauté urbaine de Strasbourg (selon le collectif SDF Alsace : http://collectifsdfalsace.20minutes-blogs.fr/). La réquisition de ces logements est possible, prévue par la loi… mais les autorités refusent de prendre une telle responsabilité.

Que pèse l’avis des personnes sans logis ou mal logées ? La municipalité préfère maintenir à haut tarif le marché de l’immobilier, avec de l’argent public, plutôt que de répondre aux besoins urgents et vitaux. Il sera toujours facile de verser une larme pour le prochain mort de la rue.

Le tract au format pdf : ici

Publié le 21 novembre 2012 par CAL Alsace
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