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Bulletin d’infos d’Alternative libertaire - Alsace. n°37 -juin, juillet 2012

Le changement, c’est pour quand ?

Quel triomphe pour le peuple : Sarkozy expulsé au Maroc… mais pour quelques semaines seulement ! Après un président gesticulateur, le sieur Hollande a promis de gérer « normalement » le système capitaliste. Nous sommes sauvés ! Après une droite dite « décomplexée », qui s’acharnait à effacer toutes les conquêtes sociales, voici une gauche ultra complexée, qui s’évertue à ménager la chèvre syndicale et le chou patronal. Depuis 31 ans qu’elle a fait l’expérience du pouvoir, cette « gauche » est passée maître dans l’art de tordre le vocabulaire : c’est en 1982 que les socialistes inventaient déjà le terme de « rigueur » pour remplacer « l’austérité » de la droite !

Une longue tradition de la trahison

Si l’on peut légitimement se satisfaire de l’échec de Sarkozy, il n’y a en revanche aucune raison sérieuse d’espérer la moindre amélioration pour ceux et celles qui sont quotidiennement exploités, raflés et discriminés. Déjà entre 1997 et 2002, le gouvernement de « gauche plurielle » (PS, avec un certain « Mélenchon » + PCF + Verts + Chevènement) avait privatisé plus que tous les gouvernements de droite. Cette vieille habitude n’est pas perdue : alors que le PS s’était « insurgé » contre la casse des retraites du gouvernement Sarkozy-Fillon lorsque des millions de personnes étaient dans la rue à l’automne 2010, moins d’un mois après son élection, le père Hollande se contente d’aménager cette réforme pour les quelques milliers de personnes qui ont travaillé sans interruption de 16 à 60 ans ! Pour les millions d’autres, on entérine donc cette « réforme » qui nous vole au moins 2 ans de nos vies ! Habitué à ces revirements, le PS n’a même pas attendu le second tour des élections présidentielles pour modérer sa promesse de droit de vote pour les étrangers aux élections locales, qui date de… 1981 ! Il semblerait que, accoutumé à se coucher devant les injonctions des institutions financières et patronales, les socialistes reculent maintenant devant les discours démagogiques et racistes du Front national, repris par l’UMP. L’un des héritages du quinquennat Sarkozy est la légitimation des thèses racistes du FN, reprises aujourd’hui à droite comme à gauche : l’immigration est toujours considérée comme un problème, l’insécurité toujours liée à l’immigration… tant de contre-vérité qui se sont imposées dans la sphère politico-médiatique.

Épidémie de peste brune sur l’Europe ?

Encore une fois, dans une période de « crise » (pas pour tout le monde), il est plus facile pour tous ceux et celles qui détiennent un pouvoir de montrer du doigt des coupables tout désignés, en position de faiblesse (chômeurs et chômeuses, étrangers…), plutôt que d’assumer leurs responsabilités. Cette offensive démagogique semble être devenue un sport de haut niveau pour politiciens, journalistes et autres experts médiatiques de toute l’Europe. Pour asseoir leur pouvoir, les élites divisent ceux et celles qui sont contraints de vendre leur force de travail pour vivre. L’extrême droite prolifère dans ce climat de tension : entrée des néo-nazis au parlement grec, participation au gouvernement (Suisse, Pays Bas, Hongrie…), recrudescence des agressions racistes et homophobes,… Pourtant, loin d’être une alternative, l’extrême droite a toujours été la roue de secours du capitalisme en crise. Dans ce contexte, nous avons plus à gagner dans des luttes pour défendre nos intérêts et imposer ainsi dans le débat les vraies questions : répartition des richesses, égalité, liberté de circulation et d’installation,… Abandonnés par tous les gouvernements qui ont prétendu abroger les lois racistes, les Sans papiers continuent à défendre leurs droits : la marche européenne des Sans papiers aboutira à Strasbourg le 3 juillet prochain.

Que faire ?

Après des décennies de promesses non tenues, il serait bien naïf d’attendre un changement réel d’une élection : ce gouvernement rose-vert, comme les autres, ne sera sensible qu’à la pression de la rue. Alors qu’on nous répète sur toutes les ondes que le temps est à l’austérité et qu’il faudra bien se serrer la ceinture, les salariés de la société Deca France (qui nettoient les hôtels Campanile, Kyriad, Première Classe et Golden Tulip) ont obtenu une augmentation de 100€ mensuel et la suppression d’une clause de mobilité. Pour cela, ils ont du mener une grève de 28 jours ! Les autres salariés de ces hôtels ont également bénéficié de cette victoire puisque leur direction a du revoir leur grille de salaire. Ce n’est qu’ainsi, en reprenant en main collectivement nos affaires, plutôt que d’attendre le changement par le haut, que l’on peut obtenir des améliorations immédiates. Seule la lutte paie ! Face aux pouvoirs responsables de cette « crise » et au danger que représente l’extrême droite, le rapport de force seul permet d’imposer les solutions profitables aux travailleurs et travailleuses, c’est-à-dire une véritable révolution. Si nous ne voulons plus être les jouets entre les mains de politiciens et de politiciennes démagogiques, c’est à nous de construire une autre société, réellement démocratique, sans classes ni frontières.

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Bulletin mensuel d’AL-Alsace n°37 de juin-juillet 2012

Publié le 17 août 2012 par CAL Alsace
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