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Bulletin d’info mensuel n°33 d’octobre 2011 d’AL-Alsace

Féminisme : jeter après usage ?

Qu’est-ce qu’être féministe aujourd’hui quand les luttes pour l’égalité ont eu lieu il y a presque 50 ans ? Qu’est-ce qu’une lutte antisexiste aujourd’hui quand les filles de la génération post-68 ont grandi avec la croyance que le combat était derrière, que la libération des femmes avait déjà eu lieu, bref que les irréductibles féministes étaient d’indécrottables syndicalistes jamais contentes…

Des victoires… aux lendemains qui chantent faux

Bien sûr l’histoire des femmes s’inscrit dans l’histoire des luttes sociales avec ses acquis et notre quotidien n’est pas celui de nos grand-mères. Les femmes peuvent maintenant voter, travailler et consommer -presque- comme des hommes. Mais limiter la lutte féministe à finalement un droit au virilisme ne renforce-t-il pas les assises de la domination patriarcale et sa légitimité ? Cette pseudo-égalité libérale ne trouve-t-elle pas ses racines dans la thèse essentialiste, celle qui prétend que par essence les hommes et les femmes naissent différents et nie la construction du genre ?

Nos ’’irréductibles féministes’’ du troisième millénaire -celui où nous serions tous égales et égaux- recensent pourtant encore près de 2 millions de femmes victimes de violence conjugale chaque année, quand seulement 20000 portent plainte. Elles comptent aussi 75000 femmes violées par an et 8 fois sur 10 par un proche, quand le ’’devoir conjugal’’ datant de 1810 et obligeant une femme à la satisfaction de celui qu’elle a pris pour époux n’a été abrogé en France qu’en 1990. Et ces chiffres concernent la France, bel et bien le pays des « Droits de l’Homme ». Les centres d’IVG quant à eux ferment les uns après les autres, 729 en 2000 contre 624 en 2007 alors que la demande est constante. La loi de 2001 n’est pas toujours respectée et au-delà de la législation, l’avortement reste un tabou quand la réalisation des femmes est encore souvent renvoyée à leur accomplissement maternel.

L’essence féminine : du super bidon, sans plomb dans la cervelle

Par contre les thèses visant à prouver l’essentialisme de l’inégalité homme-femme vont bon train. Même les magazines pseudo-féminins s’y attachent toujours, reconnaissant la nécessité d’une parité charitable qu’il ne faudrait pas confondre avec l’égalité soi-disant contre nature. Quels sont les dangers aujourd’hui de cette accréditation des rôles des genres ? Hors étude scientifique, ces thèses -qui sont souvent loin de la science- viennent conforter l’idée que les attitudes que l’on associe comme étant propres aux femmes et aux hommes sont naturelles. Elles viennent par là légitimer la place des femmes au foyer par exemple quand des études cherchent à montrer que leur douceur innée fait d’elles des mères en puissance. Les genres se construisent pourtant, « on ne naît pas femme, on le devient » et l’imparité persistante n’aurait peut-être plus de sens si l’on déconstruisait le genre.

De même la déconstruction du genre est ce qui permet réellement de dépasser et de détruire nombre de discours faussement féministes et vraiment réactionnaires : des conservatrices se targuent d’être des « femmes fortes », renvoyant d’un coup toutes celles qui n’adorent pas la virile croissance du viril marché aux oubliettes des faibles femmes et femmelettes ; des femmes fachos prétendent libérer les femmes (musulmanes) alors qu’elle ne font que reprendre l’héritage raciste du patriarche, se disant « belles et rebelles » mais toujours à la cuisine et à la crèche. La déconstruction de genre permet de ne pas s’embourber dans de vaseux compromis : Etre une femme est une construction sociale, le déconstruire c’est à la fois porter des coups au fascisme qui impose la natalité forte de certaines pour monter lui-même en puissance, c’est aussi lutter contre les mysticismes organisés qui, tous, veulent nous transformer soit en adam soit en eve, et c’est enfin également déboulonner le fonctionnement du capitalisme domestique.

Proposition non subordonnée

Le travail des femmes est largement sous-payé en entreprise, et il est même gratuit sous beaucoup de toits : les heures supp non payées par le mari-patron, c’est loin d’être de la fiction encore aujourd’hui. Si la loi oblige à constater les inégalités de salaire dans les boîtes, elle n’impose pas d’y remédier, et on sait que de nombreux secteurs très féminisés ont des conditions de travail et des conventions collectives inférieures aux autres. Alors oui, la libération des femmes -et des hommes !- est encore à conquérir afin de déconstruire les rapports de domination que tous et toutes nous avons intériorisés.

Nos luttes changent la vie, nos engagements publics et personnels bousculent les dominations ! Partage des tâches, partout, tout le temps ! Pas de justice sociale sans lutte antipatriarcale !

Appel national à un grand rassemblement le 5 novembre contre les violences faites aux femmes : Manifestons ! Et prochainement dans toutes les bonnes librairies, le n°4 du magazine des Poupées en Pantalon consacré aux violences faites aux femmes. http://lespoupeesenpantalon.blogspot.com |les poupées en pantalon

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Egalement à signaler la campagne de la Cimade : Mobilisation pour protéger les femmes étrangères victimes d’une double violence !

Publié le 29 février 2012 par CAL Alsace
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