L´auberge nazie

Lutte antifasciste dans le pays de Bade

La riposte

Le samedi 23 octobre, environ 1500 personnes ont manifesté contre l´activisme d´extrême droite dans la région voisine. A Offenburg, environ 1000 personnes se mobilisaient contre un rassemblement tactique d´une quarantaine d´adorateurs de la pureté ethnique. Il s´agissait de diviser les antifascistes en mouvement contre un centre de convergence nazi, la propriété de Günther Sick, l´hôtel « Zum Rössle » à Söllingen, petit village près du Baden-Airpark.

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Zum Rössle

Protégés par un dispositif policier, les Germains pur porc d´Offenburg se sont sentis bien seuls et n´ont pas évité le défilé de 500 personnes à Rastatt puis le rassemblement devant la porte du « centre national ». A l´appel d´une large coalition regroupant sociaux-démocrates, communistes, révolutionnaires et anarchistes autonomes, l´opération a permis de braquer les projecteurs sur les activités de l´extrême droite régionale, d´appeler la population à mettre en échec la plateforme nazie.

Le prétexte du rassemblement d´Offenburg était la promotion de la détention préventive afin d´enfermer les grands délinquants. Evidemment cette argumentation politique ne fut pas la cible principale des antifascistes. Notre présence visait avant tout le point d´appui local pour la propagande antisémite, raciste et fasciste. « Zum Rössle » permet une politique de convergence de l´extrême droite régionale, institue un fief et facilite l´élargissement sur le principe de la zone nationale libre. Recrutement et agitation deviennent plus aisés, les campagnes contre les antifascistes se concrétisent comme les annonces de l´entrée de l´auberge : « détruire les antifascistes ».

Günther, tendance Thilo Sarrazin

Proche de la retraite mais sémillant, monsieur Sick, l´aubergiste, se proclame également chercheur spécialisé dans les élections. De là lui vient l´entrain pour filmer depuis des années les dépouillements de scrutins jusqu´à tenter lui-même sa chance au poste de maire de Bühlertal et de Sasbachwalden. Acoquiné à la « camaraderie » de Rastatt, Günther le vidéaste filme les participants aux manifestations de gauche depuis quelques mois. L´hôtelier indépendant serait très endetté, d´où bien sûr la location à l´extrême droite et la menace d´une vente potentielle.

Tentatives récurrentes d´implantation

« Zum Rössle » représente une étape supplémentaire après d´autres tentatives de location ou d´achat d’espaces par le NPD et autre néonazis dans la région. Au printemps 2003, la « camaraderie » de Rastatt louait une grande cave (100m2) dans un village voisin. Point de départ de manifestations et lieu de concert avec une affluence pouvant remplir la salle, le centre servit de point de rencontre régional avec notamment les « camaraderies » voisines (Karlsbad et Karlsruhe). Le succès aidant, les collages d´affiches se multiplièrent ainsi que les cortèges en ville, répertoire nazi chanté compris. Avec le sentiment de force arriva l´attaque d´un centre alternatif de jeunesse situé à Rastatt – insultes racistes contre des habitants, jets de bouteilles et de pierres – lors d´une fête d´anniversaire. Quelques mois plus tard, le propriétaire cessa la location de la cave. Toujours à Rastatt, en août 2006, dans un quartier excentré, ce fut la « camaraderie » de Karlsruhe qui tenta sa chance avec une ancienne pizzeria, alors qu´une large action nocturne venait d´avoir lieu contre des commerces supposés étrangers. La présence dura un an pendant lequel le quartier fut sous tension. Dans les deux cas la forte pression antifasciste a précipité la fin de ces implantations.

Printemps 2008, rebelote à Karlsruhe-Durlach, les mêmes protagonistes tentent de transformer un ancien bordel en « centre national de formation et du parti », en l´occurrence le NPD. Après une année de confrontation avec les antifascistes notamment, la tentative subit elle-aussi un échec.

Animations culturelles du centre

A Söllingen, le centre national est le théâtre de nombreuses manifestations, moins stigmatisées de par la ruralité du site. Les concerts se sont multipliés depuis mars 2010 avec parfois des groupes à la renommée nationale dans le milieu d´extrême droite : Endstufe, Noie Werte, Kommando Skin (résidu du réseau Blood and Honour). Ces séances publiques avec une audience régionale ont pu accueillir jusqu´à 300 personnes. L´office fédéral de protection de la constitution, prompt à diffuser l´amalgame entre extrême gauche et extrême droite, signalait déjà des concerts dans la commune en 2003 et 2005 et le plus gros concert néonazi d´Allemagne en 2009. Mais les concerts et autres soirées chanson sont la partie la plus visible. Le centre national sert aussi pour des tournois de foot nazis, des formations juridiques et de lieu de préparation pour les manifestations comme la marche nazie à Dortmund le 4 septembre. Autre type d´activité, en mai dernier un tractage a eu lieu dans le village afin de gommer l´image agressive propagée alors que de nombreux habitants se laissent gagner par la peur lors des fêtes et autres démonstrations de force. Le tract prétendait une proximité avec le peuple local.

Les milieux autorisés

L´image se voulant moderne de Rheinmünster-Söllingen et son aéroport se garderait bien de cette publicité involontaire. Une coalition d´organisations locales s´est formée comprenant la CDU et un fonctionnaire de la police criminelle. Leur seule initiative fut de mettre sur le même plan extrême gauche et extrême droite. Il faut dire que les nazis et autres nationalistes autonomes ont acquis une expérience juridique avec les précédentes tentatives d´implantation. Le caractère « fête de rue » de certains regroupements provoque la grogne des habitants mais c´est principalement la multiplication des contrôles routiers de la police qui irrite. Les concerts deviennent des fêtes privées, à la limite de la légalité. Les autorités locales (sous-préfecture) ont essayé par un arrêté de stopper les festivités musicales mais le tribunal administratif a cassé cette décision tant et si bien que les voies légales semblent épuisées, si l´on en croit la mairie à dominante CDU. Les antifascistes locaux pense qu´il est possible d´obtenir gain de cause car ces « anniversaires » ont l´étrange caractéristique de réclamer jusqu´à 20 euros d´entrée et de pratiquer la vente de bière. De plus des armes et des enregistrements audio ont été saisis, ce qui dans d´autres contrées aurait permis au moins de ne pas autoriser les concerts. Enfin pour les tentatives plus anciennes de constitution de centres, la pression publique et l´interprétation maline du droit immobilier les forcèrent à l´abandon.

En plus de l´expérience, les nazis disposent du soutien gratuit d´un cabinet d´avocats, Harsch et associés. Lors de l´affaire du centre à Karlsruhe, Klaus Harsch, membre de la CDU, représenta les intérêts du NPD. Son parti tenta de l´exclure sans succès. Un autre membre de son cabinet, Markus Merklinger, fut le loueur à Rastatt et finit par rompre le contrat de location sous l´influence de la mobilisation. La 3ème avocate Nicole Schneiders participe à la « camaraderie » de Rastatt depuis des années et s´occupe pendant son temps libre des formations juridiques au centre. Ce cabinet recherche par l´intermédiaire du Deutsche Rechtsbüro (cabinet juridique allemand) à étoffer sa clientèle d´extrême droite.

Les « camaraderies » (Kameradschaften)

Celle de Rastatt est une des plus importantes dans toute l´Allemagne, en tout cas un des groupes d’extrême droite les plus actifs du Bade-Wurtemberg. Son guide Pablo Allgeier effectue les déclarations de marches nazies en plus de son rôle d´orateur. Il essaie depuis longtemps de constituer un centre nazi dans la région. Activiste anti-antifa, il fut éditeur d´un magazine néonazi. A la recherche de moyens financiers pour la scène NPD il tente de faire survivre différents labels rock nazi et un site de vente sur internet. Grand dirigeant, il fut aussi le locataire des locaux précédents dans le canton de Rastatt. Celle de Karlsruhe, une des plus vieilles et plus importantes d´Allemagne, fut l´instigatrice d’une campagne en 2003 d´appel à la création de centres nationaux. Après une extinction durant quelques années, une nouvelle génération a fait son apparition fortement orientée vers les nationalistes autonomes. Sans atteindre le niveau précédent en termes d’effectif, elle apparaît de manière violente dans les manifestations avec pour objectif d´intimider les adversaires politiques.

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Publié le 17 novembre 2010 par CAL Alsace
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