Solidarité internationale

Des Coréens à Paris

3 semaines d’action pour cette délégation d’ouvriers coréens à Paris, et aucune réponse ! La solidarité internationale contre la mondialisation doit passer le soutien direct à nos camarades du monde entier, surtout quand ils travaillent pour enrichir une entreprise française !

« On demande juste des explications » :

la colère d’ouvriers coréens à Paris

PAR ALINE BONTEMPS ET ESTELLE FAURE Libération, 11-06-2010

Kim Seung-Sang, Lee Daewoo et leurs quatre collègues n’en démordent pas. Depuis plus de deux semaines, ces ouvriers coréens campent devant le siège de l’équipementier Valéo à Paris. Leur campement détonne dans le chic 17e arrondissement, à quelques pas de la place des Ternes. Des banderoles géantes tendues en guise de tente, une toile cirée colorée sur le sol, des affiches placardées sur la vitrine du rez-de-chaussée : ils dorment ici depuis 19 nuits.

Le 23 octobre dernier, la société française a décidé de fermer leur usine de compresseurs dans la ville de Cheon-An. C’est leur troisième voyage en France pour demander des explications à la direction de l’entreprise.

Les six protestataires assurent à tour de rôle, toutes les vingt-quatre heures, la permanence du campement. La nuit, deux ouvriers restent dormir. A côté des cartons de vivres, des serviettes de toilette et d’une pile de tracts imprimés, un petit espace a été aménagé pour un peu plus de confort. Le reste du temps, les autres manifestants se partagent une chambre près de la place d’Italie, louée au mois. Un investissement payé grâce à une collecte d’argent organisée par les anciens salariés coréens de Valéo.

Négocier et discuter

« On demande juste une négociation et d’aller à la table des discussions, ce qui n’a pas été fait avant » revendique Kim Seung-Sang, responsable international du syndicat coréen KMWU.

Depuis leur arrivée à Paris, ils ont envoyé huit lettres au président de Valéo. Personne n’est venu les voir en bas de l’immeuble. Une seule réponse leur est parvenue par courrier mais aucune rencontre en perspective : « Ils nous demandent de rentrer en Corée » explique Kim Seung-Sang. Mais les salariés n’imaginent pas abandonner leur mobilisation. « Sur les 500 salariés licenciés, la plupart travaillait à l’usine depuis treize à vingt-trois années » déplore Kim Hungyun, un ancien salarié.

Lee Daewoo, employé depuis plus de vingt ans à l’usine, est entré à Valéo directement après le lycée. A 46 ans aujourd’hui, il a du mal à se projeter dans le futur : « C’est dur de retrouver un travail en Corée, c’est pour ça qu’on vient ici, demander des explications. »

Sur le site de Cheon-An, 97 ouvriers manifestent depuis la fermeture de l’usine, en occupant le site. Mais le 3 juin dernier, l’électricité et l’eau ont été coupées.

Des passants compréhensifs

Sur le pas de son magasin de fleurs, en face de l’immeuble Valéo, Jessica approuve l’action des salariés coréens : « Ils ont raison de faire ça, de se battre pour leur travail. »

Certains passants jettent un coup d’œil curieux mais furtif, parfois bienveillant : « ils ne sont pas assez entendu, parlez d’eux dans les médias », lâche une habituée du quartier. Au café d’à côté, les regards sont plus indifférents, on ne sait pas vraiment pourquoi ils manifestent. Au pied du siège de Valéo, un employé grille une cigarette : « il faut comprendre pourquoi on ferme les usines, ce n’est pas si simple ».

Et s’ils n’ont jamais de réponse ? « Nous discuterons ensemble, entre salariés, car on doit penser à d’autres actions » déclare, un peu lasse, Kim Jung Hee, responsable régionale du syndicat KMWU. Pour l’instant, ils ont l’opportunité d’exposer leurs problèmes devant les membres du Comité d’entreprise européen de Valéo, le 16 juin prochain. « Mais après, nous ne savons pas ce que nous allons devenir ».

Publié le 12 juin 2010 par CAL Alsace
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