Honduras

Lentement… le fascisme s’installe !

Diverses infos arrivent démontrant la mise en place progressive d’une dictature violente au Honduras, suite au coup d’Etat de l’été dernier. Nous reproduisons ici des articles de Primitivi.

Honduras : Une démocratie ? Certainement pas !

dimanche 16 mai 2010, par Primitivi

Alors que de nouveaux assassinats sont à déplorer au Honduras (Gilberto Alexander Núñez Ochoa, 27 ans, membre de la résistance, et José Andrés Oviedo, 26 ans, ont été assassinés de plusieurs balles en rentrant chez eux avant-hier ; voir « Continúa la criminalización : Asesinan a dos jóvenes del Frente Nacional de Resistencia Popular ») la Cour Suprême de Justice hondurienne vient de révoquer et de mettre à pieds 5 magistrats pour avoir critiqué le coup d’État de juin 2009.

Pendant ce temps là, l’Union Européenne accueille Porfirio Lobo à bras ouverts (quasi ouverts : le président du Honduras n’étant plus invité qu’au second sommet de Madrid. Moins retentissant, présenté comme une « réunion », c’est là que l’UE doit clore un accord de libre-échange avec l’Amérique Centrale).

Le fascisme ne s’arrête pas : La Cour suprême du Honduras révoque les juges qui critiquent le coup d’État par Kaos en la red

Pour s’être manifesté contre le coup d’État, avoir présenté un recours de protection en faveur de Zelaya ou avoir écrit un article d’opinion dans un journal en critiquant le coup d’État…

Le président, trois magistrats et un défenseur public de l’association hondurienne « Juges pour la Démocratie » ont été révoqués par la Cour suprême du pays qui a pris ces sanction pour leurs manifestations et actions contraires au coup d’État du 28 juin 2009 [1].

Le haut tribunal qui, le jour du putsch, avait déclaré que les Forces armées avaient agi « pour la défense de l’État de droit » et qui avait qualifié le coup d’Etat comme « une succession constitutionnelle », a décidé le 5 mai dernier, avec le vote favorable de 10 de ses 15 magistrats, les révocations et mises à pieds de Guillermo López, de Tirza Flores, de Ramón Enrique Barrios, de Luis Alonso Chévez et Osman Fajardo. López (président de l’association judiciaire) et Chévez commenceront lundi une grève de la faim pour protester contre la « situation générale d’impunité » que le pays, présidé par Porfirio Lobo, vit actuellement.

Selon les cas les faits reprochés aux magistrats jugés ont été : s’être manifesté contre le coup d’État, avoir présenté un recours de protection en faveur du président Zelaya, avoir écrit un article d’opinion dans un journal en critiquant le fait que la Cour suprême défendait le putsch.

« C’est une sanction purement politique », assure la magistrate Tirza Flores, de visite à Madrid il y a peu et qui a raconté son histoire quelques jours avant l’éclatement de la polémique à propos de la venue de Porfirio Lobo pour le sommet de Madrid, mais qui reste invité par l’UE à la réunion de Union Européenne/Amérique centrale lundi 17 mai.

« La décision de nous révoquer envoie un message clair aux juges : que nous ne pouvons pas être indépendants et que nous devons nous subordonner à la hiérarchie de la Cour suprême. La mise à pieds est incompréhensible si l’on tient compte entre autres, que le Pouvoir Judiciaire lui-même a encouragé les juges à se manifester. A se manifester certes, mais uniquement en faveur du putsch », pense Flores. Un communiqué du 30 juin 2009 marqué du sceau de la Cour suprême « invitait » les « fonctionnaires et le personnel du Pouvoir Judiciaire à participer à la Marche pour la Paix au Honduras » qu’il avait lieu ce jour là à Tegucigalpa. « Ils ne peuvent pas dire que l’on ne peut pas participer à la politique et que c’est pour cela qu’ils nous ont mis à pieds, alors que c’est eux mêmes qui ont encouragé les juges à le faire en faveur des putschistes ».

Un rapport du Haut Commissaire des Droits de l’Homme de l’ONU du 3 mars dernier critiquait le comportement de la Cour suprême et les processus disciplinaires contre les juges (et également sa définition du putsch vu comme « une succession constitutionnelle », tout comme l’a dénoncé l’un des juges révoqués). Il faisait remarquer que les actions du haut tribunal jetaient « le doute quant à son impartialité et son engagement dans l’État de droit » et que « les interventions postérieures de la Cour » semblaient avoir confirmé ces soupçons (en référence aux processus disciplinaires). Le rapport finissait par constater le « manque d’indépendance » de la Cour et le « grave défi » qu’il y a à supposer qu’elle rétablisse sa crédibilité et de sa légitimité.

« Juges pour la Démocratie » comprend 120 membres sur environ 600 juges présents au Honduras. « Les collègues ont une peur incroyable », affirme Flores. « La Cour a contribué à créer le climat de persécution politique qui sévit actuellement au Honduras ». Les juges vont contester la décision. Face à l’échec prévisible de la présentation de ce recours devant le même tribunal, ils comptent porter l’affaire devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme.

Source : Kaos en la red « El fascismo no para : La Corte Suprema de Honduras expulsa a jueces críticos con el golpe de Estado » Traduction : Primitivi

Notes [1] L’affaire a depuis pris de l’ampleur puisque d’autres magistrats se sont mis en grève de la faim pour protester contre ces révocations, voir l’article « Honduras : Cinq juges Honduriens en grève de la faim ».

Honduras : Presse et liberté d’expression des brutalités sans précédents

vendredi 7 mai 2010, par Primitivi

Plus de 300 agressions contre la presse hondurienne

Plus de 300 agressions contre des journalistes et médias de presse ont été enregistrées au Honduras depuis le coup d’État de juin 2009, selon un rapport paru ces dernier jours. Les attaques vont des assassinats, jusqu’aux abus, intimidation, censure et fermeture de médias.

En 2009 64 agressions physiques ou psychiques ont été menées contre les médias populaires, 127 actes d’intimidation et 117 violations, précise le document élaboré par le Comité pour la Libre Expression.

La situation continue de se détériorer cette année, en seulement un mois sept professionnels de la presse ont été assassinés entre mars et avril.

Parmi les médias les plus affectés figurent le quotidien Tiempo, les chaînes de télévision Canal 11 et Canal 36 et RadioGlobo, la majorité d’entre eux avaient été fermés ou militarisés durant le coup d’État.

La veille, des médias populaires regroupés au sein du Mouvement des Journalistes pour la Vie ont réalisé une marche jusqu’au siège du Congrès National pour demander le respect de la liberté d’expression et l’ouverture d’enquêtes sur les crimes commis contre leurs collèges.

« Nous exigeons des organismes et des appareils de sécurité de l’État l’élucidation des attentats contre les vies de nos collègues, ainsi que la condamnation des auteurs matériels et des instigateurs de ces crimes », ont déclaré les manifestants dans un communiqué.

Rapport sur la liberté d’expression « C-LIBRE 2009 »

Le coup d’État du 28 juin 2009 contre le gouvernement constitutionnel de Manuel Zelaya Rosales est un fait funeste dans l’histoire politique du Honduras qui a mis en évidence la faiblesse des institutions de l’État. En matière des droits de l’homme, 2009 est une année de graves violations et d’énormes reculs, en particulier pour le droit à la liberté d’expression.

En tant que fait historique, le coup d’État a révélé l’inexistence d’un authentique et démocratique État de droit au Honduras, cimenté dans les bases solides d’institutions qui respectent et garantissent la pleine jouissance des droits de l’homme et de leur réalité pratique dans de bonnes conditions de liberté et de vie en commun pacifique.

Les faits politiques de 2009 ont mis à l’épreuve le système de communication sociale, avec un contrôle politique et économique très dur des médias et de l’exercice journalistique, au détriment du droit de la population à être informé de manière opportune et adaptée sur les sujets d’intérêt public.

Dans le contexte de la rupture de l’ordre constitutionnel plusieurs médias ont été victimes des restrictions imposées par le régime de facto. L’ordre du jour a été la censure, les poursuites, le sabotage, la confiscation d’équipement, les menaces à l’intégrité physique des personnes et à l’introduction de mesures qui restreignaient ou limitaient l’exercice libre du journalisme.

La couverture de ce rapport est une expression du sentiment d’une grande part de la population hondurienne, mécontente du comportement des médias dans cette grave crise politique subit par leur pays.

Dès 2003 le Comité pour la Libre Expression (C-Libre) s’est mis à observer les agressions dont sont victimes les médias populaires et les citoyens, dans chacun de ses rapports et d’année en année nous avons exprimé notre souci sur l’érosion de ces droits.

Les données compilées dans ce rapport, que nous avons mis dans le contexte historique après les avoir comparées avec les périodes précédentes, reflètent la gravité de la situation et justifient la qualification “de brutalité sans précédents” comme nous avons titré ce document.

Aux sources d’information sur lesquelles nous nous basons habituelement, en plus des alertes que C-Libre utilise pour la réalisation de ses rapports, ont été incluses les plaintes pour violations du droit de la liberté d’expression et de l’accès à l’information public qui ont été présentées devant d’autres organismes, tant nationaux qu’étrangers.

Amnesty International publie un texte d’action urgente en faveur de la sécurité des journalistes

ACTION URGENTE DES JOURNALISTES TUÉS AU HONDURAS

Les journalistes qui travaillent au Honduras sont en grand danger.Six journalistes, tous des hommes, ont été tués au cours des huit dernières semaines, et beaucoup d’autres ont été menacés. Personne n’a eu à rendre des comptes et rien n’a été fait pour soutenir et protéger les journalistes qui parlent, dans leurs articles, à la radio ou à la télévision, du crime organisé, de violations de droits humains ou du gouvernement.

Jorge Alberto Orellana, présentateur d’une émission d’informations, a été tué le 20 avril. Il s’agit du sixième journaliste assassiné depuis le 1er mars. On lui a tiré dessus alors qu’il quittait les locaux de la station de télévision TVH à Tegucigalpa, la capitale hondurienne, à la fin de son émission, « Live with Georgino ». Pour l’instant, aucun mobile n’a encore été établi pour cet homicide. Les six journalistes ont été tués par balles et leurs agresseurs n’ont pas été identifiés. Parmi les victimes se trouvent David Meza Montesinos, journaliste à la radio, et Nahúm Palacios, directeur des programmes de la chaîne de télévision Channel 5. David Meza Montesinos enquêtait sur le trafic de stupéfiants et recevait des menaces depuis plusieurs semaines lorsqu’il a été tué, le 11 mars. Le meurtre de Nahúm Palacios a eu lieu trois jours plus tard. Il avait enquêté sur un conflit foncier dans la région de l’Aguán et avait lui aussi couvert des affaires liées au trafic de drogue. Il critiquait également ouvertement le coup d’état de juin 2009. Le 24 juillet 2009, la Commission interaméricaine des droits de l’homme avait demandé au Honduras de prendre des mesures pour le protéger mais les autorités n’ont rien fait.

Amnesty International a reçu de très nombreuses informations faisant état de journalistes victimes de menaces et d’actes d’intimidation. Ricardo Oviedo Reyes, journaliste de télévision et président de l’association des professionnels des médias de Colón (Asociación de Comunicadores de Colón), dans le nord-est du Honduras, a indiqué que des coups de feu avaient été tirés le 9 avril par un groupe de personnes devant le studio de télévision où il travaillait. Une fois, deux hommes à moto l’ont suivi depuis le studio jusque chez lui ; ces hommes ont été aperçus à plusieurs reprises en train de rôder autour de sa maison. Le 21 avril, un homme qui n’a pas été identifié lui a téléphoné. Il lui a simplement dit « Tu vas mourir » et il a raccroché. Le 18 avril, le présentateur Jorge Otts Anderson a été menacé pendant qu’il présentait un programme d’informations. Après avoir décrit l’histoire d’un jeune homme passé à tabac par des policiers, et alors qu’il était toujours à l’antenne, il a reçu un appel d’un homme qui a lancé « On va venir te tuer » avant de raccrocher. À peine un mois auparavant, un homme avait déjà téléphoné, également pendant son émission, et lui avait dit : « Ta tête a déjà un prix ». La Commission interaméricaine des droits de l’homme a demandé au Honduras de protéger plus de cent personnes dont la vie est en danger. Bon nombre de ces personnes sont des journalistes.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en espagnol ou dans votre propre langue) :

*demandez aux autorités de condamner publiquement les meurtres et les actes d’intimidation dont sont victimes les journalistes et de s’engager à protéger ces derniers ; *priez-les instamment de mener sans délai une enquête approfondie et impartiale sur les meurtres des six journalistes, de rendre publiques les conclusions de ces investigations et de déférer à la justice les responsables présumés de ces homicides ; *exhortez les autorités à agir immédiatement afin de fournir toute la protection nécessaire aux journalistes menacés en respectant leur volonté ; *incitez-les à appliquer les ordres de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme concernant la protection de personnes.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 07 JUIN 2010 À :

Président de la République Sr. Porfirio Lobo Sosa Presidente de la República Casa Presidencial Boulevard Juan Pablo Segundo Palacio José Cecilio del Valle Tegucigalpa, Honduras Fax : + 504 232 1666 Formule d’appel : Estimado Sr. President / Monsieur le Président,

Procureur général : Sr. Luis Alberto Rubí Fiscal General de la República Lomas del Guijarro, Avenida República Dominicana Edificio Lomas Plaza II Tegucigalpa, Honduras Fax : + 504 221 5667 Formule d’appel : Estimado Sr. Fiscal, / Monsieur le Procureur général,

Copies :

ONG :

Comité de Familiares de Detenidos Desaparecidos en Honduras (COFADEH) Barrio La Plazuela, Avenida Cervantes, Casa No. 1301 Apartado Postal 1243 Tegucigalpa, Honduras Fax :+504 220 5280 (dire “tono de fax”)

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Honduras dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s’il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE

DES JOURNALISTES TUÉS AU HONDURAS

INFORMATIONS GÉNÉRALES

Le 1er mars, Joseph Hernandez Ochoa, 26 ans, étudiant et journaliste, a été tué par balle à Tegucigalpa. Il s’agit de la première victime d’une récente série de meurtres de journalistes. Sa collègue, Carol Cabrera, a été blessée lors de l’attaque. Le journaliste David Meza Montesinos, qui travaillait pour la radio, a été tué 11 mars. Ses meurtriers l’ont suivi et lui ont tiré dessus alors qu’il rentrait chez lui en voiture. Ils n’ont pas été identifiés. Il enquêtait sur le trafic de stupéfiants et recevait des menaces téléphoniques depuis plusieurs semaines. Trois jours plus tard, Nahúm Palacios, le directeur des programmes de la chaîne de télévision Channel 5, a été assassiné alors qu’il traversait en voiture la ville de Tocoa, dans le département de Colón. Il avait enquêté sur un conflit foncier dans la région de l’Aguán et avait lui aussi couvert des affaires liées au trafic de drogue. Le 24 juillet 2009, la Commission interaméricaine des droits de l’homme avait demandé au Honduras de prendre des mesures pour le protéger mais les autorités n’avaient rien fait. Victor Manuel Juárez et Jose Bayardo Mairena travaillaient tous les deux pour le programme Así es Olancho (« Olancho est ainsi »), dans le département d’Olancho, dans l’est du pays. Ils ont été tués le 27 mars : on leur a tiré dessus depuis un autre véhicule alors qu’ils roulaient sur une route du département d’Olancho.

Après le coup d’État du 28 juin 2009, les militaires ont fermé ou occupé les locaux de nombreux médias. Des journalistes ont été battus et attaqués physiquement, et beaucoup sont victimes de menaces et d’actes d’intimidation. Les journalistes les plus visés sont ceux qui couvrent des affaires liées aux activités du crime organisé ou à des atteintes aux droits humains, ou ceux qui dénoncent le coup d’État. Amnesty International a rassemblé des informations sur des violations commises durant le coup d’État dans un rapport publié le 27 janvier 2010 et intitulé Honduras : Recommendations to the new Honduran government following the coup of June 2009 (Index : AMR 37/003/2010, disponible en anglais et en espagnol).

Un nouveau gouvernement, conduit par Porfirio Lobo, a pris ses fonctions le 27 janvier 2010. Désormais, avec six meurtres de journalistes en à peine deux mois, ce gouvernement doit absolument agir immédiatement pour protéger les journalistes qui reçoivent des menaces, empêcher qu’il y ait d’autres victimes et traduire en justice les auteurs présumés des meurtres.

AU 94/10, AMR 37/007/2010, 26 avril 2010

Sources : Prensa Latina « Reportan más de 300 agresiones contra la prensa hondureña » Vos El Soberano « Informe sobre libertad de expresión 2009 C-LIBRE » Traduction : Primitivi

Publié le 25 mai 2010 par CAL Alsace
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